Alors que le dossier du Sahara marocain aborde un tournant stratégique, la diplomatie du Royaume est à l’heure des mutations profondes, qui redessinent les règles du jeu régional et international.
Entre l’enlisement observé au Conseil de sécurité, du fait du veto russe, et la dynamique de développement ainsi que les acquis tangibles engrangés dans les provinces du Sud, l’orientation nouvelle du Maroc s’affirme comme une rupture assumée avec la logique de gestion classique, au profit d’une stratégie d’initiative et d’action.
Dans ce contexte de repositionnement et de recherche d’alternatives pour conforter la souveraineté nationale et la légitimité historique, la rapidité des événements soulève des interrogations de fond : jusqu’où ira la transition attendue dans le traitement du différend après le départ de la MINURSO ? Et comment le Royaume adaptera-t-il ses outils diplomatiques pour passer clairement de la « gestion du conflit » à une phase de « décision souveraine et d’encadrement stratégique global » ?
Pour l’expert en relations internationales Issam Laaroussi, le Maroc entre dans une nouvelle étape, décisive, dans le traitement de la question de son intégrité territoriale. Il a rappelé la formule du Souverain, qui appelle à passer « de la logique de la gestion à celle du changement », reflet d’une dynamique nationale adossée à la légitimité historique et juridique.
Dans une déclaration à Belpresse, M. Laaroussi a expliqué que le paysage international du dossier connaît un changement radical. Les règles d’engagement traditionnelles au sein de l’ONU, fondées sur le Chapitre VI, les résolutions du Conseil de sécurité, les réunions périodiques, les rapports du secrétaire général, les exposés de l’Envoyé personnel et le vote de prorogation de la MINURSO, cèdent la place à la quête d’un règlement politique en dehors du cadre classique du Conseil de sécurité.
Cette évolution, a-t-il précisé, résulte du blocage de la dernière résolution onusienne après le veto russe, et des pressions exercées par d’autres parties, l’Algérie en tête, pour empêcher l’adoption de l’initiative d’autonomie comme seule approche à même de débloquer le conflit.
L’expert a souligné que, dans la gestion de cette phase, le Maroc demeure attaché à la résolution 2797, référence essentielle et irréversible, qui constitue le socle de l’avenir de la région, tout en poursuivant le développement global de ses provinces du Sud, pilier indispensable de sa stratégie.
Selon lui, cette séquence offre une réelle occasion de renouveler le discours et l’approche diplomatiques du Royaume, en s’orientant vers un dialogue politique international qui clôture définitivement le débat sur l’autodétermination par référendum, pour se concentrer exclusivement sur l’initiative d’autonomie. Il a noté que le communiqué du Cabinet royal publié après le veto russe, le 30 octobre, traduit une orientation stratégique qui prend acte avec satisfaction de la non-reconduction du mandat et du départ de la MINURSO.
M. Laaroussi a ajouté que le Maroc a engrangé de nombreux acquis ces derniers temps, au premier rang desquels le renforcement du soutien au cadre de l’autonomie et la réduction de la dépendance vis-à-vis des mécanismes onusiens traditionnels. Cela libère relativement le Royaume des pressions et des attaches des puissances occidentales. Il a relevé une progression sensible dans le processus de négociation, la construction du Maghreb arabe et le dépassement des différends régionaux apparaissant comme des leviers essentiels pour miser sur les relations bilatérales et les médiations alternatives, loin d’un système du Conseil de sécurité qui a montré que le droit international et les résolutions onusiennes ne servent pas toujours les intérêts de l’unité territoriale du Royaume.
Il a également insisté sur la nécessité de distinguer entre le départ de la MINURSO, c’est-à-dire l’absence de sa présence sur le terrain, et l’engagement politique qui se poursuit au sein des Nations unies. Le Maroc, a-t-il rappelé, restera attaché au cessez-le-feu, au respect de la légalité et à toute décision consensuelle permettant d’aboutir à un règlement politique acceptable par toutes les parties.
Le départ de la mission ne signifie nullement que le dossier du Sahara marocain quitte les rouages de l’ONU et du droit international, a-t-il précisé, puisqu’il restera inscrit à la Quatrième Commission de l’Assemblée générale, chargée des territoires non autonomes.
M. Laaroussi a conclu que l’action diplomatique à venir se déploiera à plusieurs niveaux : renforcement des relations bilatérales, activation des regroupements régionaux, approfondissement du dialogue avec les partenaires et alliés essentiels, tels que la France et les États-Unis, en vue de dégager de nouveaux mécanismes et solutions, sans exclure l’ouverture d’un dialogue stratégique avec la Russie pour clarifier les visions et trouver des points de compromis. Le tout, a-t-il ajouté, en parallèle de la poursuite de l’édification interne, de la politique d’intégration, de la réalisation des grands chantiers de développement et de l’ancrage de l’identité nationale, par l’unification des régions du Royaume, du nord au sud et de l’ouest à l’est.






