à la uneGouvernement

Gouvernement d’El Mansouri : plusieurs ministres nommés sans passer par les urnes

L’annonce officielle de la composition du nouveau gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri a relancé le débat sur la place de la légitimité électorale dans la formation de l’exécutif. Plusieurs membres de la nouvelle équipe n’ont en effet pas participé aux élections législatives du 23 septembre 2026 tandis que d’autres se sont présentés sans parvenir à décrocher un siège à la Chambre des représentants.

Cette configuration remet au centre une question récurrente dans la vie politique marocaine : jusqu’où l’accès aux responsabilités gouvernementales doit-il dépendre du verdict des urnes et quelle place réserver aux profils issus des partis mais aussi aux compétences technocratiques ou sectorielles choisies en dehors de la compétition électorale directe ?

Parmi les personnalités les plus en vue n’ayant pas été candidates aux dernières législatives figurent Nabil Benabdallah, nommé ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, ainsi que Fouzi Lekjaa, chargé du portefeuille des Finances. Tous deux ont soutenu les candidats de leurs formations politiques pendant la campagne sans solliciter directement le suffrage des électeurs.

À l’inverse, plusieurs figures centrales de la nouvelle majorité ont participé au scrutin. C’est notamment le cas de la cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri, de Nizar Baraka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, et d’Abdellatif Ouahbi, dirigeant du Parti authenticité et modernité.

La liste des ministres qui n’ont pas pris part aux élections comprend également plusieurs responsables placés à la tête de départements stratégiques.

Younes Bjiou a ainsi été nommé ministre de la Santé et de la Protection sociale tandis que Khalid Hatimi a hérité de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire.

Cherafat Afilal prend pour sa part les rênes de l’Énergie, des Mines et du Développement durable. Samir Belfkih a été nommé ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, tout en assumant la fonction de porte-parole du gouvernement.

Qloub Fathah a été désignée ministre déléguée auprès de la cheffe du gouvernement chargée des Relations avec le Parlement et la société civile.

Jalal Charaf prend en charge le Tourisme, l’Artisanat et l’Économie sociale et solidaire tandis qu’Abdeljabbar Rachidi a été nommé ministre délégué chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire. La nouvelle équipe comprend aussi des responsables qui ont participé aux législatives sans parvenir à obtenir de mandat parlementaire. C’est notamment le cas de plusieurs figures de l’Union socialiste des forces populaires.

Aïcha Kallaâ a été nommée ministre déléguée auprès du ministre chargé de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration avec la responsabilité spécifique de la Réforme de l’administration.

Ahmed Mehdi Mezouari, également issu de l’USFP, a quant à lui été nommé ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire chargé de la Pêche maritime après avoir participé au scrutin sans remporter de siège.

Le cas de Kamal El Hachoumi s’inscrit dans une autre configuration, ce responsable socialiste n’avait pas participé aux élections mais a été nommé ministre délégué auprès du ministre de l’Éducation nationale chargé du Préscolaire et de la lutte contre le décrochage scolaire.

La composition du gouvernement El Mansouri illustre ainsi une logique de recrutement qui ne se limite pas aux seuls élus.
Elle combine des responsables bénéficiant d’une légitimité électorale directe, des dirigeants de partis n’ayant pas sollicité le vote lors du dernier scrutin et des profils choisis pour leur expérience professionnelle ou institutionnelle.

Cette pratique n’est pas nouvelle dans l’histoire gouvernementale marocaine. Mais elle soulève à chaque nouveau remaniement ou nouvelle formation d’exécutif la même interrogation sur la nature du lien entre représentation électorale et responsabilité ministérielle.

Sur le plan constitutionnel, l’accès au gouvernement n’est pas conditionné par l’obtention préalable d’un mandat de député. Un ministre n’a donc pas besoin d’avoir été candidat ou élu pour exercer ses fonctions. Le débat est davantage politique que juridique.

Pour les défenseurs de cette approche, la gestion de départements complexes impose de pouvoir mobiliser des compétences qui ne passent pas nécessairement par la compétition électorale. La capacité à administrer un secteur, la connaissance technique ou l’expérience institutionnelle peuvent justifier la présence de profils extérieurs au Parlement.
Mais cette logique comporte aussi une limite.

Lorsque plusieurs personnalités qui n’ont pas affronté les urnes se retrouvent à la tête de ministères majeurs, la question de la responsabilité politique devant les citoyens revient inévitablement dans le débat. Le problème se pose avec encore plus d’acuité pour les candidats battus lors des élections puis nommés quelques semaines plus tard au gouvernement.

Même si rien ne l’interdit légalement, cette situation peut nourrir le sentiment que la sanction électorale n’empêche pas l’accès à une fonction exécutive. Le nouveau gouvernement devra donc faire la démonstration que ces nominations répondent d’abord à une logique de compétence et d’efficacité et non à une simple redistribution des responsabilités entre partis de la majorité.

Au-delà du parcours électoral des ministres, c’est leur capacité à produire des résultats qui finira par déterminer la légitimité politique de ces choix. Car l’entrée au gouvernement peut se faire sans mandat parlementaire. La responsabilité, elle, ne peut durablement s’exercer sans rendre des comptes sur les politiques conduites et les résultats obtenus.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *