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Benabdellah : « Être de gauche en 2026, c’est refuser le statu quo »

À quelques jours de la fin de la campagne pour les élections législatives du 23 septembre, Mohammed Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), défend la nécessité d’une alternative progressiste et démocratique et appelle les forces de gauche à renouer avec une dynamique de rapprochement, au-delà de leurs divergences actuelles.

Après près de dix jours passés à parcourir différentes régions du Royaume, des grandes villes aux communes les plus enclavées, le dirigeant du PPS dit avoir constaté sur le terrain un sentiment mêlant colère, lassitude et fortes attentes sociales. Des attentes qui, selon lui, traduisent une aspiration à un Maroc « plus juste, plus digne » et davantage en mesure de répondre aux besoins de l’ensemble de ses citoyens.

À l’heure où la campagne électorale entre dans sa dernière ligne droite, Nabil Benabdellah pose ainsi une question qu’il considère comme centrale : quel Maroc construire et avec quelles forces politiques ? Pour le secrétaire général du PPS, la gauche dispose, par son histoire et sa culture politique, des instruments nécessaires pour porter une transformation fondée sur la justice sociale, la probité dans la gestion publique et la réforme.

Nabil Benabdellah définit d’abord l’engagement à gauche par le refus du statu quo et des dysfonctionnements sociaux et économiques qui, selon son parti, continuent de traverser le pays. Le dirigeant du PPS cite notamment les chiffres avancés par sa formation concernant la pauvreté, la vulnérabilité, l’accès à la couverture médicale ou encore le chômage. Il évoque 2,5 millions de Marocains vivant sous le seuil de pauvreté, dont 72 % en milieu rural, ainsi que 3,2 millions de personnes en situation de vulnérabilité.

Le secrétaire général du PPS pointe également ce que son parti présente comme l’exclusion de 8,5 millions de Marocains de la couverture médicale. Il insiste particulièrement sur la situation de l’emploi, évoquant un taux de chômage de 13 % de la population active et de 37 % parmi les jeunes, ainsi que quelque 2,9 millions de jeunes qui ne seraient ni en emploi, ni en études, ni en formation.

À cela s’ajoutent, dans le diagnostic porté par le PPS, la faible participation des femmes au marché du travail ainsi que les difficultés persistantes liées à la gouvernance et à la corruption. Pour Benabdellah, être de gauche signifie dès lors regarder le pays à partir des réalités vécues par les différentes catégories de la population, particulièrement les plus vulnérables, plutôt que de se satisfaire des seuls indicateurs positifs.

Le secrétaire général du PPS refuse toutefois d’inscrire son discours dans ce qu’il considère comme une logique de désenchantement. Il met parallèlement en avant les acquis enregistrés par le Maroc au cours des dernières décennies, tant sur les plans politique, économique et social que sur le dossier du Sahara.

Benabdellah considère notamment que la consolidation de la reconnaissance internationale de l’initiative marocaine d’autonomie constitue un acquis majeur. Ces avancées sont, à ses yeux, le résultat d’efforts collectifs dont la Nation peut être fière. Mais cette reconnaissance des progrès accomplis ne devrait pas, selon lui, empêcher un examen critique des retards du pays, notamment en matière de développement humain, d’inégalités sociales et de disparités territoriales.

C’est précisément sur ce terrain que le dirigeant du PPS attaque le bilan du gouvernement sortant. Il lui reproche un manque d’ambition réformatrice et l’accuse d’avoir laissé se renforcer l’économie de rente et certains conflits d’intérêts, tout en échouant, selon son analyse, à donner une traduction concrète aux orientations du nouveau modèle de développement.

Le PPS a fait de cette critique de la rente, des conflits d’intérêts et de la gestion gouvernementale l’un des axes de son discours durant la campagne, parallèlement à la défense d’un modèle de développement davantage centré sur les services publics et la redistribution. Face à ce diagnostic, Nabil Benabdellah place la santé et l’éducation publiques parmi les principales priorités de l’alternative défendue par son parti.

Dans le domaine sanitaire, le PPS veut renforcer l’hôpital public, améliorer la qualité des soins et réduire les inégalités territoriales d’accès aux structures médicales. Le parti défend notamment l’objectif d’un accès à un établissement médical fonctionnel à moins d’une heure, y compris dans les zones rurales et périphériques.

Même logique dans l’éducation. Benabdellah présente l’école et l’Université publiques comme le principal instrument de mobilité sociale et insiste sur la revalorisation du statut des enseignants ainsi que sur le retour du mérite dans les parcours scolaires et professionnels. L’objectif affiché est d’empêcher que l’origine sociale ou territoriale d’un enfant détermine son avenir.

Sur le plan social, le PPS propose également l’instauration d’un « Revenu minimum de dignité » destiné aux ménages confrontés à la pauvreté multidimensionnelle. Pour la formation du Livre, l’accès à cette aide devrait davantage prendre en considération la réalité de la précarité vécue par les ménages.

Le projet défendu par Nabil Benabdellah ne se limite cependant pas aux politiques sociales et économiques. Le secrétaire général du PPS place également les questions démocratiques au centre de son offre politique. Il appelle à une mise en œuvre effective de la Constitution, au renforcement des institutions démocratiques, à la protection des libertés et des droits humains ainsi qu’à la consolidation de l’indépendance et de l’intégrité de la justice.

L’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance pleine de l’Amazighité sont également présentées comme des composantes essentielles de cette conception de l’État de droit. Sur le terrain économique, Benabdellah défend parallèlement une rupture avec l’économie de rente. Il plaide pour la libération de l’initiative entrepreneuriale, l’assainissement du climat des affaires, l’allègement des obstacles bureaucratiques et un soutien renforcé aux très petites, petites et moyennes entreprises.

Le PPS entend ainsi favoriser le passage de ce qu’il qualifie d’« économie de rente » vers une « économie de la valeur », reposant notamment sur une industrie plus forte et une meilleure valorisation de l’initiative et du mérite.

La moralisation de la vie publique occupe également une place importante dans le dispositif défendu par le parti. Benabdellah propose notamment que les représentants du PPS investis d’un mandat public soient soumis à une charte d’éthique portant sur la déclaration du patrimoine, les conflits d’intérêts et le respect des engagements programmatiques. À ses yeux, la transparence ne devrait pas constituer une simple option politique, mais une condition de la crédibilité de l’action publique.

Nabil Benabdellah cherche également à rompre avec l’image d’une gauche cantonnée à la contestation. Il défend une approche reposant sur des engagements programmatiques concrets, chiffrés et susceptibles de faire l’objet d’une reddition des comptes. Le programme électoral présenté début septembre par le PPS comporte ainsi 220 engagements et 996 mesures. La formation chiffre à 575 milliards de dirhams les dépenses additionnelles nécessaires sur cinq ans et prévoit 622 milliards de dirhams de recettes supplémentaires pour financer son projet.

Le secrétaire général estime que le contexte actuel offre une « fenêtre d’opportunité » pour engager ces transformations. Encore faut-il, selon lui, disposer d’un gouvernement politique « responsable, courageux et compétent », capable d’exercer pleinement les prérogatives prévues par la Constitution.

Le secrétaire général du PPS reconnaît que les démarches engagées avant les élections n’ont pas permis d’aboutir à une candidature ou à une dynamique électorale commune. Les différentes formations ont finalement choisi de participer séparément au scrutin du 23 septembre. Le PPS avait déjà acté, avant la campagne, l’échec de ses démarches visant à constituer un front de gauche pour ces législatives.

Benabdellah affirme néanmoins respecter le choix des autres formations et refuse de considérer cet échec comme la fin du projet de rapprochement. Pour lui, l’unité de la gauche demeure une nécessité politique, mais elle ne peut se construire artificiellement. Elle devrait reposer sur des valeurs partagées, de véritables convergences programmatiques et la volonté de placer l’intérêt général au-dessus des divergences partisanes.

Le dirigeant du PPS estime que les divisions historiques de la gauche marocaine ont trop souvent réduit sa capacité à porter les aspirations sociales qu’elle entend représenter. Il appelle donc à maintenir, après les élections également, les espaces de dialogue et de coopération entre ses différentes composantes.

Au-delà du seul PPS, Nabil Benabdellah défend ainsi l’émergence d’une gauche marocaine capable, selon lui, de conjuguer convictions et responsabilité, justice sociale et efficacité, tout en intégrant les profondes transformations économiques et sociales que connaît le pays.

Une gauche, insiste-t-il, qui soit enracinée dans son environnement, proche des citoyens et ouverte sur le monde ; qui puisse mobiliser les compétences au-delà de ses propres rangs et ne se limite pas à dénoncer, mais soit également capable de proposer et d’exercer les responsabilités gouvernementales.

À travers cette vision, le secrétaire général du PPS veut replacer la justice sociale, la démocratie, les services publics, l’intégrité de la vie politique et la réduction des inégalités territoriales au centre du débat de cette fin de campagne. Des régions du Rif aux provinces du Sud, des médinas aux grandes métropoles, Benabdellah affirme avoir rencontré durant la campagne des Marocains qui travaillent, entreprennent et continuent d’espérer une amélioration de leurs conditions de vie.

C’est à cette aspiration que le PPS entend rattacher son message électoral : défendre un État qui protège, une économie plus inclusive, des institutions démocratiques respectées et une représentation politique fondée sur l’engagement et l’intégrité.

À trois jours du scrutin législatif, Nabil Benabdellah résume ainsi le projet qu’il souhaite voir émerger : une gauche capable de retrouver la confiance des citoyens, de rassembler ses forces et de transformer ses principes en politiques publiques. Un message que le PPS condense dans le slogan qui accompagne sa campagne : « Osons ensemble ! »

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