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Législatives 2026 : les réseaux sociaux bouleversent les codes de la campagne électorale

Les partis politiques marocains misent désormais largement sur les réseaux sociaux sous leurs différentes formes. Ils s’en servent pour promouvoir leurs programmes et leurs promesses électorales, mais aussi comme espaces de confrontation avec leurs adversaires politiques, à travers la critique, la satire et, parfois, des contenus relevant de la désinformation.

Cette stratégie ne se limite plus aux publications et aux messages diffusés sur les différentes plateformes. Les formations politiques ont également recours aux directs et aux supports numériques pour retransmettre leurs rencontres avec les citoyens, conférences de presse et meetings, dans l’objectif de présenter directement leurs programmes et leurs positions politiques.

Pour autant, les observateurs constatent que les rituels traditionnels des campagnes électorales restent bien présents, notamment en raison des particularités culturelles et sociales propres à certaines régions du Maroc. L’objectif final demeure le même : convaincre les électeurs de se rendre aux urnes le 23 septembre 2026 et obtenir le plus grand nombre de voix possible, dans un scrutin appelé à dessiner la nouvelle carte politique et la configuration du prochain gouvernement.

Dans ce contexte, Driss El Azami El Idrissi, premier secrétaire général adjoint du Parti de la justice et du développement (PJD), a reconnu l’importance prise par les réseaux sociaux dans les stratégies des partis politiques. Invité de l’émission « Saâat Assaraha » sur 2M, il a résumé cette évolution par une formule : « Avant, on usait nos chaussures ; aujourd’hui, on use nos claviers. »

Une déclaration qui illustre le changement intervenu dans les méthodes de communication politique et pose, dans le même temps, la question de la capacité des réseaux sociaux à se substituer au militantisme de terrain et aux pratiques traditionnelles des campagnes électorales pour convaincre les électeurs.

Pour Abdelali Benlyas, professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Souissi à Rabat, « l’arrivée des réseaux sociaux dans le champ politique a été imposée par les grandes transformations sociales », ces plateformes étant devenues, selon lui, « une partie intégrante de la vie quotidienne des citoyens pour répondre à différents besoins et accéder à divers services ».

Selon l’universitaire, les partis politiques tirent profit de l’utilisation désormais habituelle des plateformes sociales par les différentes catégories d’âge et couches sociales. Ils bénéficient notamment de l’absence de barrières techniques leur permettant d’accéder directement à une base aussi large que possible d’électrices et d’électeurs afin de promouvoir leurs programmes et leurs candidats.

Le professeur de sciences politiques souligne également que les plateformes des formations partisanes leur permettent de défendre leur bilan gouvernemental et d’exprimer leurs positions avec davantage de souplesse, tout en offrant « un mécanisme interactif et rapide permettant de répondre aux campagnes adverses sur les différentes questions ».

Abdelali Benlyas relève par ailleurs que le ministère de l’Intérieur a lui-même intégré les technologies modernes de communication et les plateformes numériques dans la gestion des différentes étapes du processus électoral. Cette modernisation concerne, selon lui, l’inscription et le traitement des listes électorales, mais aussi la mise en place d’un système de dépôt électronique des candidatures présentées par les partis politiques.

Le sociologue Ali Chaabani partage ce constat. Selon lui, « les partis politiques s’appuient désormais presque entièrement sur les réseaux sociaux », parallèlement au recours, affirme-t-il, à des contacts discrets ainsi qu’à des moyens « légaux et illégaux » destinés à convaincre les électeurs.

Ali Chaabani estime que les plateformes numériques sont utilisées pour promouvoir les programmes électoraux et diffuser de nombreuses promesses, dont seule une petite partie pourrait, selon lui, être concrétisée, tandis que d’autres risqueraient de rester lettre morte. D’après le sociologue, les formations politiques ont pleinement pris conscience de l’influence des réseaux sociaux sur l’opinion publique. Une réalité qui les aurait conduites à mobiliser d’importantes ressources humaines et matérielles dans l’objectif de séduire les électeurs.

Mais cette montée en puissance du numérique ne signifie pas pour autant la disparition des méthodes traditionnelles. Pour Ali Chaabani, les deux modèles coexistent, les nouvelles technologies n’étant pas encore parvenues à faire disparaître des pratiques électorales classiques qui conservent leur efficacité.

Le sociologue souligne ainsi que les pratiques classiques restent fortement présentes dans le paysage électoral marocain. Meetings, tournées dans les quartiers et les villages, distribution de tracts et affiches électorales continuent de rythmer les campagnes. Selon lui, certaines pratiques de terrain plus anciennes subsistent également, comme l’installation de tentes, l’organisation de repas et de festivités ou la distribution de nourriture. Il évoque aussi des soupçons de distribution d’argent visant à influencer les électeurs durant les quelques semaines précédant le scrutin.

Les méthodes traditionnelles cohabitent ainsi avec la puissance des réseaux sociaux, considérés par le chercheur comme des outils plus rapides et disposant d’une capacité de diffusion plus large pour agir sur l’opinion publique, sans pour autant parvenir à supprimer la présence physique sur le terrain.

Une analyse également partagée par Abdelali Benlyas. Le professeur de droit constitutionnel et de sciences politiques estime que les moyens classiques de communication, notamment les meetings et les rencontres de proximité, restent déterminants dans les douars et les souks hebdomadaires. Il explique cette persistance par « les particularités de la structure culturelle et sociale du monde rural », qui constituent, selon lui, un facteur important dans le processus de sélection et de représentation politique au Maroc.

Pour Abdelali Benlyas, cette évolution traduit finalement le passage du système démocratique et électoral national à « une nouvelle étape institutionnelle fondée sur la technologie ». Une transformation qui impose, conclut-il, aux acteurs politiques et aux partis de s’adapter rapidement aux mutations numériques et d’en maîtriser les nouvelles exigences.

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