Le statut de Ceuta revient au cœur du débat géopolitique. Dans une analyse publiée le 6 août, le magazine américain « Foreign Policy » estime que l’Espagne devrait envisager de restituer la ville au Maroc, considérant qu’une telle décision pourrait contribuer à tourner la page d’un ancien héritage colonial et à résoudre l’un des différends territoriaux persistants entre Rabat et Madrid.
La publication revient notamment sur l’histoire complexe de Ceuta et sur sa situation géographique particulière, sur la côte méditerranéenne du Maroc. Selon son analyse, le statut actuel de la ville ne peut être dissocié de l’héritage de la présence européenne en Afrique du Nord et des contentieux territoriaux restés en suspens après la période coloniale.
« Foreign Policy » souligne ainsi le paradoxe géographique et politique de Ceuta : située sur le continent africain et presque entièrement entourée par le territoire marocain, la ville relève de la souveraineté espagnole et constitue, de ce fait, l’une des frontières extérieures de l’Union européenne et de l’espace Schengen.
Cette particularité prend une dimension supplémentaire à la lumière des différentes crises migratoires qui ont touché la ville. Ceuta est devenue au fil des années un point particulièrement sensible où se croisent les enjeux liés aux migrations, à la sécurité des frontières et aux relations entre le Maroc et l’Espagne.
Selon le magazine américain, une restitution de Ceuta au Maroc pourrait notamment modifier profondément la gestion de cette frontière entre l’Afrique et l’espace européen, tout en ouvrant la voie à un règlement d’un contentieux territorial ancien.
Le Maroc considère depuis plusieurs décennies Ceuta, Melilla et les îlots qui leur sont rattachés comme des territoires marocains demeurés sous contrôle espagnol. Rabat inscrit cette question dans le prolongement du processus de décolonisation et privilégie le dialogue et la négociation pour traiter le statut des deux villes.
Madrid défend, de son côté, une position diamétralement opposée. L’Espagne considère Ceuta et Melilla comme faisant partie intégrante de son territoire et rejette les revendications marocaines concernant leur souveraineté.
Pour « Foreign Policy », les épisodes migratoires ayant affecté Ceuta ont néanmoins remis en évidence la fragilité de son statut particulier. Malgré sa superficie limitée, la ville occupe une position stratégique majeure à l’intersection de la politique migratoire européenne, de la sécurité frontalière et des équilibres géopolitiques en Afrique du Nord.
Le magazine reconnaît qu’une éventuelle décision espagnole de renoncer à Ceuta constituerait un choix politique extrêmement difficile pour Madrid. Il estime toutefois que le maintien du statu quo comporte lui aussi un coût croissant, compte tenu des tensions susceptibles de se développer autour de cette enclave européenne située sur le continent africain.
L’analyse remet ainsi en question l’idée selon laquelle le maintien indéfini de la souveraineté espagnole constituerait nécessairement l’option la plus rationnelle à long terme. Une éventuelle restitution au Maroc pourrait, selon cette lecture, permettre de traiter l’un des plus anciens différends territoriaux de la région et transformer un sujet récurrent de tension entre Rabat et Madrid en une opportunité de redéfinition de leurs relations bilatérales.
« Foreign Policy » présente ainsi la question de Ceuta non comme un simple débat sur le statut d’une ville, mais comme un dossier géopolitique susceptible d’avoir des implications plus larges sur les relations maroco-espagnoles, la gestion des frontières européennes et les équilibres en Méditerranée occidentale.






