À travers le projet de loi de finances pour l’année 2027, le gouvernement dessine les contours d’une nouvelle phase des politiques publiques, fondée sur la réduction des disparités sociales et territoriales, l’accélération de l’investissement, le soutien aux entreprises et la poursuite de la réforme du système de protection sociale. Cette orientation entend également insuffler une nouvelle dynamique au développement territorial, à l’agriculture, au tourisme et à la transition énergétique.
Les données contenues dans le document gouvernemental révèlent que la prochaine étape sera marquée par l’adoption d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial, conçus pour dépasser les approches sectorielles traditionnelles et évoluer vers des programmes intégrés reposant sur un diagnostic précis des besoins propres à chaque province. Une attention particulière sera accordée aux territoires confrontés à des déficits en matière d’emploi, d’éducation, de santé et d’accès à l’eau.
Ces programmes s’appuieront sur un diagnostic territorial multidimensionnel permettant d’identifier les projets les plus à même de répondre aux enjeux du développement local et aux attentes des populations. Cette démarche reposera sur l’analyse de différents indicateurs socio-économiques ainsi que sur l’identification des forces et des vulnérabilités des territoires, notamment en matière d’accès à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau et aux programmes de mise à niveau territoriale.
Le document précise que la planification de ces programmes s’inscrira dans une perspective stratégique de long terme, dépassant les frontières administratives des préfectures et des provinces. Les premières estimations évaluent à près de 210 milliards de dirhams l’enveloppe financière globale nécessaire à leur mise en œuvre sur une période de huit ans.
Afin d’en assurer la gouvernance et le suivi, ces programmes seront pilotés à travers un dispositif prévoyant la création, au niveau de chaque préfecture ou province, d’un comité présidé par le gouverneur et réunissant les élus ainsi que les représentants des services déconcentrés de l’État. Cette instance sera chargée d’élaborer le programme, de suivre l’exécution des projets et de mener des concertations avec les populations concernées, afin de garantir une prise en compte effective des besoins des territoires ciblés.
Un comité régional sera, par ailleurs, chargé de consolider les programmes intégrés de développement territorial élaborés au niveau des préfectures et des provinces, afin d’assurer la cohérence globale des projets. À l’échelle nationale, un comité assurera la coordination générale et la mobilisation des financements nécessaires. Présidé par le chef du gouvernement et composé des départements ministériels concernés, il sera chargé de valider les programmes, de garantir leur caractère intégré et participatif, ainsi que de mettre en place des indicateurs de suivi et d’évaluation permettant de mesurer l’impact des projets.
Dans le cadre du renforcement de la transparence, le gouvernement prévoit également la création d’une plateforme numérique dédiée aux programmes intégrés de développement territorial. Celle-ci permettra aux citoyens et aux acteurs institutionnels d’accéder aux informations relatives à la programmation, à l’état d’avancement des travaux et à l’exécution des différents projets, tout en assurant un suivi régulier des opérations qui leur sont associées.
Ces orientations s’inscrivent, selon le document, dans la poursuite de la mise en œuvre du chantier de la régionalisation avancée, conformément aux recommandations issues des Assises nationales de la régionalisation avancée, lesquelles ont appelé à l’émergence d’une nouvelle génération de régionalisation fondée sur l’élargissement des compétences, le renforcement des ressources et leur articulation avec les exigences concrètes du développement.
Parallèlement, le gouvernement entend faire de l’investissement un moteur essentiel de la croissance et de la création d’emplois, en poursuivant la mise en œuvre de la Charte de l’investissement, en orientant les capitaux vers les secteurs prioritaires, en réduisant les disparités territoriales et en consolidant le positionnement du Maroc en tant que pôle continental et international d’attraction des investissements directs étrangers. Cette stratégie prévoit également de soutenir la production locale, de favoriser la substitution aux importations et d’encourager les exportations.
Une attention particulière sera accordée aux très petites, petites et moyennes entreprises, à travers l’accélération du déploiement du dispositif spécifique de soutien à leurs investissements et l’amélioration de leur accès au financement bancaire, notamment grâce à la mise à disposition de crédits adaptés et à l’assouplissement des conditions d’octroi. Le gouvernement prévoit également l’instauration d’un système national de notation ainsi que d’un dispositif d’accompagnement non financier couvrant les différentes étapes du cycle de vie de ces entreprises.
Le projet de loi de finances prévoit, en outre, plusieurs mesures relatives à la commande publique, notamment l’accélération de l’adoption et de la mise en œuvre de la réforme du décret sur les marchés publics, afin de permettre une participation accrue des entreprises, en particulier des petites et moyennes structures. Parmi les mesures envisagées figure le relèvement du plafond des prestations pouvant être engagées par bons de commande, de 500 000 à 800 000 dirhams, ainsi que celui du montant estimatif des appels d’offres ouverts simplifiés ne comportant pas de dossier technique relatif à la concurrence, qui passerait d’un million à 1,5 million de dirhams.
Dans le secteur touristique, le gouvernement ambitionne de renforcer l’attractivité du Maroc en tant que destination touristique de référence, en poursuivant la mobilisation des acteurs publics et privés, en améliorant la qualité de l’offre et en renforçant la compétitivité des établissements touristiques.
Les mesures envisagées comprennent notamment la poursuite du programme « Cap Hospitality », qui propose un mécanisme de financement conjoint dans le cadre duquel l’État prend intégralement en charge les intérêts au profit des établissements d’hébergement touristique éligibles engagés dans des projets de rénovation. L’objectif est d’accélérer la montée en gamme de l’offre hôtelière et de réhabiliter près de 25 000 chambres.
Le déploiement du programme « Go Siyaha » sera également poursuivi au bénéfice de plus de 1 700 projets, dans le but d’accroître la compétitivité des entreprises touristiques, en mettant l’accent sur la diversification des activités destinées aux principaux marchés émetteurs de touristes, l’organisation de campagnes promotionnelles et le renforcement des entreprises opérant dans le transport aérien.
S’agissant du secteur agricole, le gouvernement le considère comme l’un des piliers essentiels de la réponse aux effets du changement climatique et de la pérennisation du développement. La stratégie nationale repose sur la valorisation du capital humain, l’amélioration de la gestion des ressources hydriques, la mise à niveau des filières agricoles, l’amélioration de la qualité de la production, la modernisation des circuits de distribution et de commercialisation ainsi que la promotion de l’innovation et des technologies vertes.
Le document indique que l’activité agricole a enregistré une reprise au cours de l’année 2025, la croissance de la valeur ajoutée agricole ayant atteint 8,2 %. Celle-ci devrait s’établir à 15,1 % en 2026.
Le projet de loi de finances pour 2027 poursuivra la mise en œuvre de la stratégie agricole, à travers le renforcement de la gestion des ressources en eau et la poursuite de la mise à niveau des filières, avec une attention particulière accordée à celles présentant une forte valeur ajoutée. Les efforts seront également intensifiés au niveau des chaînes de production, tandis que les infrastructures modernes de distribution et de commercialisation seront développées. L’amélioration de la qualité, l’innovation et le recours aux technologies vertes seront encouragés afin de mieux répondre à l’évolution des besoins des consommateurs.
Les projets d’agriculture solidaire de nouvelle génération seront également poursuivis. Ils comprennent 203 projets lancés entre 2021 et 2026, couvrant une superficie comprise entre 350 000 et 400 000 hectares. L’accent sera notamment mis sur l’adoption d’espèces végétales résistantes à la sécheresse, dans l’objectif de favoriser la création d’emplois au profit des jeunes et des femmes dans le monde rural.
Dans le domaine énergétique, le gouvernement érige l’indépendance énergétique au rang de priorité, en poursuivant le développement des énergies renouvelables et en renforçant la compétitivité du Maroc. La part des énergies renouvelables a atteint 46,1 % du mix énergétique national, consolidant ainsi le positionnement du Royaume parmi les acteurs africains et internationaux majeurs de la transition énergétique.
Le gouvernement entend, dans ce cadre, poursuivre l’accompagnement des grands projets liés à la transition vers les énergies propres, notamment le développement de l’hydrogène vert dans le cadre de l’« Offre Maroc pour l’hydrogène vert ». Il prévoit également d’accroître le recours au gaz naturel dans la production énergétique et de convertir certaines centrales fonctionnant actuellement au fioul et au charbon en unités alimentées au gaz naturel.
Cette vision prévoit le lancement d’une feuille de route pour le développement des infrastructures nécessaires à l’importation, au transport, au stockage et à la redistribution du gaz naturel. Elle comprend également la poursuite du projet de gazoduc Nigeria-Maroc, présenté dans le document comme une initiative revêtant d’importantes dimensions énergétiques, économiques et sociales pour les différentes parties concernées et susceptible de soutenir les secteurs de l’énergie et de l’industrie.
Sur le plan social, le gouvernement place la poursuite de la réforme du système de protection sociale au cœur de ses orientations, considérant celle-ci comme un levier essentiel de réduction des inégalités, de garantie de l’égalité des chances et d’amélioration des conditions de vie des citoyens.
Dans ce contexte, le nombre de ménages bénéficiaires du régime d’aide sociale directe s’élève à près de 4 millions, représentant plus de 5 millions d’enfants, pour un coût mensuel avoisinant 2,2 milliards de dirhams. Le montant cumulé des transferts effectués depuis le lancement du programme en 2023 jusqu’à fin juin 2026 a, quant à lui, dépassé 64,2 milliards de dirhams.
La prochaine phase reposera sur un passage progressif d’une logique d’assistance à une logique d’autonomisation durable, notamment en facilitant l’accès des bénéficiaires au marché du travail. Les nouvelles mesures prévoient, à cet égard, de remédier aux difficultés révélées par la mise en œuvre pratique des règles actuelles, de manière à permettre, dans certaines situations, la réintégration dans le dispositif d’aide sociale directe des ménages dont l’un des membres a perdu son emploi.
L’Agence nationale du soutien social lancera également des initiatives incitatives articulées autour de deux axes prioritaires, l’emploi et l’éducation. Elles auront pour objectif de faciliter l’accès des bénéficiaires au marché du travail formel sans entraîner la perte immédiate de leurs droits sociaux. Le dispositif comprendra notamment des allocations incitatives, des aides à la garde des enfants, le maintien temporaire de certaines formes de soutien ainsi qu’un accompagnement individualisé des bénéficiaires. Les mécanismes d’évaluation seront parallèlement renforcés afin de permettre l’ajustement des mesures et leur déploiement progressif à l’échelle nationale.
Dans le secteur de la santé, le gouvernement poursuit la mise en œuvre du chantier de généralisation de l’Assurance maladie obligatoire de base. Le déploiement des trois régimes adoptés dans ce cadre a permis de porter le taux de couverture de 42 % avant le lancement de la réforme à plus de 87 % actuellement.
Le gouvernement entend poursuivre les différentes mesures destinées à renforcer la gouvernance de l’Assurance maladie obligatoire de base et à en assurer la viabilité financière, de manière à consolider la protection sociale et à élargir l’accès des citoyens à ses prestations.
Les réformes portent également sur la maîtrise des dépenses, considérée comme un pilier essentiel de la préservation des équilibres financiers des régimes de protection sociale et de leur pérennité. Cette démarche passe notamment par le renforcement de la prévention, l’amélioration des indicateurs sanitaires et la réduction de l’incidence des maladies chroniques et particulièrement coûteuses.
Dans le même contexte, le projet de loi de finances prévoit des mesures destinées à réformer le système du médicament, à travers la révision des prix et le renforcement de la transparence des mécanismes de tarification. L’objectif consiste à améliorer l’accès des citoyens aux traitements, à alléger la charge financière supportée par les ménages et à préserver la soutenabilité du financement de l’Assurance maladie obligatoire de base.
Concernant les territoires touchés par le séisme d’Al Haouz, le gouvernement poursuit la mise en œuvre du programme général de reconstruction et de réhabilitation, combinant interventions d’urgence et mesures structurelles destinées à garantir à la fois la reconstruction et un développement local durable.
À fin juin 2026, le montant total des versements effectués par l’État au profit des sinistrés et des bénéficiaires du programme s’élevait à près de 8,02 milliards de dirhams. Le nombre de ménages ayant bénéficié des aides mensuelles d’urgence a atteint 63 786, à raison de 2 500 dirhams par ménage et par mois, pour une enveloppe globale d’environ 2,52 milliards de dirhams.
Par ailleurs, 5 751 ménages ont bénéficié d’aides directes à la reconstruction, à hauteur de 140 000 dirhams par ménage, pour une enveloppe globale de 759,7 millions de dirhams. Quelque 52 240 ménages ont également bénéficié d’aides directes destinées à la réhabilitation de logements devenus inhabitables, pour un montant total de 3,98 milliards de dirhams.
Les enveloppes financières mobilisées jusqu’en juin 2026 pour les opérations d’urgence réalisées par les départements ministériels et inscrites dans le cadre des projets de reconstruction et de réhabilitation des infrastructures endommagées par le séisme d’Al Haouz se sont élevées à environ 6,42 milliards de dirhams.
En 2027, les projets inscrits dans le programme général de reconstruction et de réhabilitation des zones sinistrées par le séisme d’Al Haouz se poursuivront. Ils comprennent notamment les opérations d’urgence réalisées et financées par les différents départements ministériels, ainsi que la poursuite du projet de plateformes régionales destinées au stockage des produits et besoins essentiels.
Parallèlement, des programmes de réhabilitation des zones touchées par les inondations survenues entre 2024 et 2026 ont été lancés en application des Hautes Instructions Royales. Ces dispositifs portent sur l’accompagnement des sinistrés, le soutien aux ménages ainsi que la réhabilitation des logements et des infrastructures.
Dans ce cadre, un programme d’accompagnement des populations touchées par les inondations dans le nord du Royaume a été lancé, avec une enveloppe budgétaire avoisinant 3 milliards de dirhams. Des aides financières d’urgence ont notamment été accordées aux ménages sinistrés : près de 50 000 familles ont bénéficié d’une allocation de 6 000 dirhams, représentant une enveloppe globale de 300 millions de dirhams.
Les mesures mises en place comprennent également des aides destinées à la réhabilitation des logements et des petits commerces endommagés, à raison de 15 000 dirhams par local, ainsi que des aides en nature, des opérations de nettoyage dans les centres urbains touchés, la remise en état des infrastructures et des dispositifs d’accompagnement au profit des agriculteurs et des éleveurs.
L’ensemble de ces mesures s’inscrit dans une orientation gouvernementale visant à poursuivre la consolidation de l’État social et à établir un lien plus étroit entre croissance économique, développement territorial et justice sociale, tout en plaçant l’investissement et la création d’emplois au cœur des politiques publiques.
Le document souligne ainsi que le projet de loi de finances pour 2027 ne se limite pas à la gestion des ressources et des dépenses publiques. Il dessine une vision plus large de la prochaine étape, articulant investissements dans les infrastructures et les secteurs productifs, renforcement de la protection sociale, soutien aux entreprises, réduction des disparités territoriales et accélération de la transition énergétique, tout en poursuivant les efforts destinés à faire face aux conséquences des catastrophes naturelles et à réhabiliter les territoires sinistrés.
À travers ces orientations, le gouvernement entend faire de l’exercice budgétaire 2027 une étape d’accélération dans la mise en œuvre de plusieurs chantiers structurants. Figurent au premier rang l’avènement d’une nouvelle génération de développement territorial, la réforme des dispositifs d’aide et de protection sociale, le renforcement de l’investissement privé et le soutien aux entreprises, parallèlement à la consolidation du positionnement du Maroc dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture et des énergies renouvelables. L’ambition affichée est ainsi de progresser vers un modèle de développement plus équilibré, plus inclusif et davantage en mesure de répondre aux mutations économiques, climatiques et sociales.






