La récente tournée de la direction du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) dans les provinces du Sud s’est soldée par une véritable démonstration de force. Menée par Fatima Ezzahra El Mansouri, la coordinatrice nationale de la formation politique, cette descente à Dakhla et Laâyoune a pris des allures d’offensive directe sur les bastions historiques du parti de l’Istiqlal.
Accompagnée de figures de proue telles que Mehdi Bensaïd, Larbi El Maharshi, Hicham Sabiry et Azzeddine El Midaoui, la cheffe de file du parti a engrangé des ralliements politiques spectaculaires. Le coup d’éclat de cette tournée reste sans conteste la défection de Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, qui a claqué la porte de l’Istiqlal pour rejoindre le PAM. À Laâyoune, c’est le retour au bercail du député Sidi Mohamed Salem Joumani et de ses troupes qui a marqué les esprits, un mouvement complété par le basculement de l’inspecteur régional de l’Istiqlal à Dakhla et de plusieurs élus locaux.
Le mystère Younes Sekkouri
Mais dans les coulisses de ce succès stratégique, un détail n’a échappé à aucun observateur : l’absence remarquée de Younes Sekkouri. Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, d’ordinaire incontournable au sein du parti, manquait à l’appel de cette importante délégation.
Dans les salons de la capitale, deux lectures s’affrontent pour expliquer cette mise en retrait. La première y voit le signe avant-coureur d’une disgrâce. Il est de notoriété publique que les relations entre le ministre et la direction du PAM se sont passablement rafraîchies. L’état-major du parti lui a d’ailleurs reproché, à demi-mot, une gestion trop solitaire de son portefeuille, l’accusant de prendre des décisions déconnectées de la boussole partisane.
La seconde hypothèse, plus pragmatique, plaide pour une simple division du travail. Selon cette logique, la machine partisane est suffisamment vaste pour que chaque dirigeant occupe son propre couloir. La diplomatie électorale dans le Sud ne relevant pas de ses prérogatives gouvernementales, l’absence de Younes Sekkouri – qui reste pleinement mobilisé par ses dossiers au ministère – ne devrait pas être surinterprétée.
L’électron libre face à la ligne du parti
Qu’il soit en froid avec sa direction ou simplement concentré sur sa tâche, Younes Sekkouri n’en demeure pas moins un poids lourd de l’exécutif. C’est à lui que l’on doit le portage de chantiers sociaux colossaux, à l’image du projet de loi organique sur le droit de grève, véritable serpent de mer de la politique marocaine enlisé depuis 2006, qu’il est parvenu à débloquer.
Il a également été à la manœuvre lors des rounds cruciaux du dialogue social, arrachant des accords sur la revalorisation des salaires et préparant le terrain, souvent miné, de la réforme des retraites.
Ce profil de réformateur, très impliqué dans la concrétisation de la vision royale en matière de paix sociale, lui a paradoxalement coûté en interne. Son style de gestion, jugé trop autonome, a fini par irriter les franges du parti qui exigent une stricte loyauté à la ligne officielle et collégiale du PAM.
Ce fossé grandissant explique sans doute pourquoi le ministre de l’Emploi ne figurait pas sur la photo de famille à Dakhla et Laâyoune. Les prochaines semaines diront s’il s’agissait d’un simple réajustement tactique ou du prélude à une véritable rupture politique.






