Le pouvoir algérien continue de sombrer dans un durcissement sécuritaire accru, un tableau qui révèle désormais de manière flagrante la peur du régime face à toute opinion indépendante ou voix critique. Les tribunaux et les prisons sont ainsi devenus des instruments tout trouvés pour châtier les journalistes, les militants et les universitaires, au lieu de protéger les droits et les libertés. Alors que les rapports internationaux dénonçant la situation des libertés en Algérie se multiplient, les autorités s’obstinent à élargir le cercle de la répression en exploitant des lois vagues et des accusations lourdes pour terroriser la société et étouffer tout débat public en dehors du récit officiel.
Ces derniers jours, le rythme des poursuites judiciaires et des condamnations à l’encontre de professionnels des médias, de blogueurs et de professeurs d’université s’est accéléré. C’est le signe évident que le régime algérien a choisi la fuite en avant sécuritaire plutôt que d’affronter ses crises politiques et sociales persistantes. Des chefs d’inculpation tels que « l’atteinte à l’intérêt national », « l’apologie du terrorisme » ou « l’outrage à corps constitué » sont massivement utilisés pour bâillonner les bouches et offrir une couverture légale à la liquidation des voix d’opposition.
Dans la plus récente de ces affaires, le juge d’instruction près le tribunal d’Oran a ordonné le placement en détention provisoire du chercheur universitaire Mounir Saghir, uniquement en raison de publications sur les réseaux sociaux. De graves accusations lui ont été notifiées sur la base du controversé article 87 bis, devenu une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des opposants et des intellectuels, après que son application a été élargie pour englober les opinions politiques et les débats d’idées.
Cette affaire reflète l’ampleur de la dégradation qui frappe le milieu universitaire en Algérie, où l’université n’est plus un espace de libre débat et d’échange, mais un environnement soumis à la surveillance et à l’intimidation. La simple expression d’un avis divergent ou la proposition d’une lecture politique différente peut mener son auteur directement à l’interrogatoire et au procès, illustrant l’hégémonie de l’approche sécuritaire au détriment de la loi et des libertés fondamentales.
À Constantine, le tribunal a prononcé une peine de prison à l’encontre du journaliste et militant politique Abdelkrim Zeghileche, directeur de la radio en ligne « Sarbacane », après qu’il a suggéré dans une publication une approche légale pour traiter les dossiers des détenus politiques par des voies pacifiques. Cependant, le régime algérien, qui perçoit toute initiative indépendante comme une menace directe, a choisi de répondre par la logique de la sanction et de la répression plutôt que d’ouvrir la voie au dialogue politique.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont estimé que le verdict contre Zeghileche revêt un caractère vindicatif et s’inscrit dans une politique systématique visant à épuiser les militants par des poursuites répétées, en les maintenant sous une pression judiciaire et psychologique constante, même en l’absence de condamnations définitives.
De son côté, le militant et blogueur Abdeloukil Balam fait face à une série d’accusations lourdes devant le tribunal criminel d’Alger, notamment « la participation à une organisation terroriste » et « l’atteinte à l’intégrité du territoire national ». Ce sont des accusations prêtes à l’emploi contre quiconque ose critiquer le pouvoir ou participer au Hirak, le mouvement populaire qui a ébranlé le régime en 2019.
Ce dossier montre comment les accusations de terrorisme en Algérie ont été détournées en outil politique pour éliminer les opposants, des militants et des journalistes se retrouvant jugés sous des lois censées cibler les crimes sécuritaires graves. De plus, les reports successifs et la prolongation de la détention provisoire sont utilisés comme une peine en soi, dans un contexte marqué par l’absence des conditions d’un procès équitable et des restrictions continues imposées à la défense et aux médias.
Dans une autre affaire qui suscite une vive controverse, les autorités s’apprêtent à requalifier les accusations portées contre le poète et militant Mohamed Tadjadit, bien qu’il ait déjà été jugé pour les mêmes faits. Une démarche qualifiée par les défenseurs des droits de l’homme de contournement dangereux des principes juridiques les plus élémentaires, au premier rang desquels figure le principe selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni deux fois pour les mêmes faits.
Ces affaires successives confirment que le régime algérien a franchi un cap dans le verrouillage politique, s’appuyant de manière quasi exclusive sur la justice et les services de sécurité pour régir la vie publique, sur fond de recul sans précédent de la liberté d’expression. Des organisations internationales, dont Amnesty International, continuent de mettre en garde contre l’instrumentalisation politique de la justice et l’usage excessif de textes juridiques élastiques qui permettent de criminaliser les opinions et les oppositions pacifiques.
En parallèle, la détention du journaliste et défenseur des droits de l’homme Hassan Bouras se poursuit, tandis que le journaliste Mustapha Benjamaâ fait face à des mesures de harcèlement continuelles et à une interdiction de voyager. Cela illustre la détermination du pouvoir algérien à fermer totalement l’espace public et à soumettre les médias ainsi que le militantisme des droits humains à une logique de terreur et de persécution, plutôt que de se conformer à un État de droit et d’institutions.






