à la uneÉducation

Université Ibn Tofail: pourquoi la filière d’Information et de la Communication reste au point mort?

Tout avait commencé comme un projet universitaire parmi d’autres. Une nouvelle filière, portée par des enseignants et des responsables académiques désireux d’accompagner les mutations du paysage médiatique marocain. À la Faculté des Langues, des Lettres et des Arts de Université Ibn Tofaïl, l’idée d’ouvrir une filière consacrée aux Sciences de l’Information et de la Communication semblait s’inscrire dans une dynamique naturelle : celle d’une université cherchant à se positionner sur les métiers du journalisme, de l’audiovisuel et des industries culturelles.

Mais en quelques mois, ce qui devait être une avancée académique s’est transformé en un dossier explosif, alimentant débats internes, interrogations politiques et controverses médiatiques. Derrière les discours administratifs et les procédures institutionnelles, l’affaire révèle surtout les fragilités d’un système universitaire confronté aux défis de la modernisation et à la complexité des mécanismes de décision.

Depuis plusieurs années, la Faculté des Langues, des Lettres et des Arts de Kénitra tente de construire une nouvelle identité académique. Formations en audiovisuel, enseignements liés au journalisme, ouverture sur les médias numériques et les transformations sociétales : progressivement, l’établissement s’est orienté vers des spécialités jusque-là peu développées dans certaines universités marocaines.

Dans ce contexte, la création de la filière « Sciences de l’Information et de la Communication » apparaissait comme une suite logique. Selon plusieurs informations relayées dans la presse et au sein des milieux universitaires, le projet aurait franchi les différentes étapes institutionnelles internes, jusqu’à obtenir une validation du Conseil de l’Université en janvier 2025.

À ce moment-là, beaucoup voyaient déjà dans cette filière un tournant stratégique pour l’université. Une manière de répondre à une demande croissante des étudiants, mais aussi à l’évolution rapide des métiers des médias, profondément bouleversés par le numérique, les réseaux sociaux et les nouveaux usages de l’information.

Pourtant, au fil des semaines, le projet commence à s’enliser. Des interrogations émergent autour de son activation effective pour la rentrée universitaire. Des rumeurs de « gel » circulent dans les couloirs de l’université. Des étudiants s’interrogent. Des enseignants dénoncent un flou administratif. Et très vite, le dossier quitte le cadre purement académique pour devenir un sujet de débat public.

L’affaire prend une autre dimension lorsque le Parlement s’en empare à travers une question écrite adressée au ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Les parlementaires cherchent alors à comprendre pourquoi une filière annoncée et présentée comme validée institutionnellement peine toujours à voir le jour.

La réponse du ministère va immédiatement raviver la polémique. Le département de tutelle évoque « l’absence d’achèvement de certaines procédures administratives et pédagogiques relatives à l’accréditation ». Une formulation qui provoque l’incompréhension de plusieurs observateurs, certains y voyant une contradiction avec les validations déjà effectuées au sein des structures universitaires.

À partir de là, le débat dépasse largement la simple ouverture d’une filière universitaire. Il devient le reflet d’un malaise plus profond autour de la gouvernance de l’enseignement supérieur au Maroc. Car derrière cette affaire se pose une question essentielle : jusqu’où va réellement l’autonomie des universités marocaines lorsqu’il s’agit de créer de nouvelles formations ?

Pour de nombreux acteurs académiques, cette controverse illustre aussi les difficultés auxquelles se heurtent les projets liés aux métiers émergents des médias et de la communication. Dans un monde où le journalisme se transforme à une vitesse fulgurante, les universités tentent d’adapter leurs offres pédagogiques à de nouvelles réalités professionnelles. Mais entre lourdeurs administratives, procédures d’accréditation complexes et arbitrages institutionnels, plusieurs projets peinent à aboutir.

À Kénitra, la filière « Sciences de l’Information et de la Communication » était pourtant perçue comme un symbole de cette volonté d’ouverture. Une tentative de rapprocher l’université des mutations du terrain médiatique et des attentes d’une nouvelle génération d’étudiants attirés par les métiers de la presse, du digital et de la création audiovisuelle.

Pendant ce temps, les étudiants restent suspendus à un avenir encore incertain. Entre annonces officielles, validations évoquées et absence de clarification définitive, le flou continue d’alimenter interrogations et frustrations.

En outre, l’histoire de cette filière demeure inachevée. Certains parlent d’un simple retard administratif avant une relance prochaine du projet. D’autres y voient le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond dans la gestion des nouvelles formations universitaires au Maroc.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *