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Les transporteurs routiers haussent le ton face au gouvernement sur le soutien au secteur

La Coordination des syndicats nationaux du transport routier de marchandises a durci le ton à l’égard du gouvernement marocain, annonçant l’entrée des relations entre les professionnels du secteur et les autorités de tutelle dans une nouvelle phase de tension. À l’origine de cette escalade : la décision gouvernementale de modifier les modalités de versement des aides destinées au secteur, en passant d’un système mensuel à un mécanisme bimensuel.

Cette décision intervient alors que le secteur du transport routier traverse une période particulièrement difficile, marquée par la flambée des prix des carburants, l’augmentation continue des coûts d’exploitation, la réduction des marges bénéficiaires et l’aggravation des difficultés financières touchant un nombre croissant d’entreprises de transport.

Dans un communiqué particulièrement virulent, la coordination syndicale a accusé les autorités concernées de gérer le dossier avec « improvisation », « opacité » et « complaisance envers les lobbies des hydrocarbures ». Selon les syndicats, la modification des modalités de versement du soutien financier ne répond nullement aux véritables problèmes structurels qui affectent le transport routier au Maroc depuis plusieurs années.

Les représentants des professionnels estiment que les transporteurs ne sont plus en mesure de supporter davantage de pressions économiques dans un contexte de hausse continue du prix du gasoil, d’augmentation des coûts liés à l’entretien, aux pièces de rechange, aux assurances et aux différentes taxes, en particulier pour les petites et moyennes entreprises considérées comme l’épine dorsale du secteur.

La coordination n’a pas caché sa colère face à ce qu’elle qualifie de « silence gouvernemental suspect » à l’égard des sociétés de distribution des carburants, accusées de réaliser des « profits exorbitants » alors que les professionnels et les consommateurs supportent seuls le poids des hausses successives des prix à la pompe.

Cette montée des tensions intervient dans un contexte international particulièrement instable, marqué par les fluctuations des marchés énergétiques mondiaux et les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, qui continuent d’affecter les prix du pétrole, du gaz et les chaînes d’approvisionnement internationales.

Face à ces critiques, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a défendu la politique gouvernementale lors d’une séance à la Chambre des conseillers. Il a affirmé que l’État mobilise des moyens financiers considérables pour atténuer l’impact de la crise internationale sur le pouvoir d’achat et sur les secteurs stratégiques, notamment celui du transport.

Fouzi Lekjaa a révélé que le gouvernement consacre environ 650 millions de dirhams par mois au soutien des prix du transport, auxquels s’ajoutent 600 millions de dirhams destinés au soutien du gaz butane et près de 300 millions de dirhams pour préserver la stabilité des prix de l’électricité. Selon lui, ces chiffres témoignent de « l’effort financier important » assumé par l’État dans une conjoncture exceptionnelle.

Le responsable gouvernemental a également expliqué que la hausse des prix des carburants au Maroc reste étroitement liée aux évolutions du marché international. Il a précisé que le prix du pétrole a progressé de 46 % au cours des quatre premiers mois de l’année, atteignant une moyenne de 102 dollars le baril contre environ 70 dollars auparavant, tandis que le prix mondial du gasoil a augmenté de près de 70 %.

Toutefois, ces explications ne convainquent pas les professionnels du secteur, qui considèrent que l’approche actuelle demeure essentiellement conjoncturelle et insuffisante face à l’ampleur des déséquilibres structurels du transport routier.

Les syndicats continuent notamment de réclamer la mise en œuvre du dispositif du « gasoil professionnel », considéré comme la seule solution durable permettant de protéger les entreprises de transport contre les fluctuations des prix des carburants. Ce dossier reste l’un des plus sensibles depuis la libéralisation des prix des hydrocarbures au Maroc en 2015.

Les professionnels demandent également au gouvernement d’encadrer les marges bénéficiaires des sociétés de distribution de carburants, estimant que l’absence de régulation claire a favorisé l’explosion des profits et accentué le climat de tension sociale et professionnelle.

Dans ce contexte, les syndicats ont averti que la poursuite de ce qu’ils qualifient de « politique de l’oreille sourde » pourrait conduire à de nouvelles formes de mobilisation et de protestation dans les prochaines semaines. Ils estiment que la stabilité du secteur du transport routier dépasse la seule question des intérêts des transporteurs et touche directement à la sécurité économique et sociale du Royaume, compte tenu du rôle central joué par ce secteur dans l’approvisionnement des marchés, la circulation des marchandises et le fonctionnement global de l’économie nationale.

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