Les interrogations autour de l’utilisation des fonds publics dans les marchés conclus par l’Agence pour le développement agricole (ADA) continuent de susciter la polémique. Après la controverse liée à un marché portant sur des prestations d’accueil, un document officiel — le procès-verbal d’attribution du marché n°22/2025/ADA/DDCPT/DPPT — révèle une enveloppe financière particulièrement élevée consacrée à la simple organisation de la participation de l’Agence à un salon international en France.
Selon ce document, une société basée à Casablanca a remporté le marché relatif à l’organisation de la participation de l’Agence au Salon international de l’agriculture de Paris 2026, pour un montant atteignant 7.062.360 dirhams, soit plus de 706 millions de centimes.

Ce montant conséquent soulève de nombreuses interrogations quant à la nature exacte des prestations qui seront fournies dans le cadre de cette opération. Plusieurs observateurs s’interrogent également sur le rendement économique et agricole réel d’une telle participation, au regard d’une dépense publique dépassant les sept millions de dirhams pour un événement organisé durant quelques jours seulement dans la capitale française.
Dans un contexte marqué par les appels à la solidarité nationale et au soutien des zones rurales fragilisées, certains considèrent que consacrer une telle enveloppe à des stands et à des opérations de représentation à Paris traduit un déséquilibre dans la hiérarchisation des priorités publiques. Selon ces critiques, ce montant aurait pu financer de nombreux projets au profit de jeunes agriculteurs ou contribuer au soutien direct du monde rural.
La multiplication des marchés publics lancés récemment par l’Agence nourrit également les débats autour des priorités budgétaires de l’institution. Plusieurs appels d’offres portant sur des prestations de soutien, de formation, de logistique ou d’accueil ont été attribués pour des montants de plusieurs millions de dirhams au cours des derniers mois.

Des observateurs notent qu’il ne se passe désormais presque plus un mois sans l’annonce d’un ou plusieurs marchés de ce type, souvent liés à des services jugés non directement productifs, tels que la formation, la gestion logistique ou les prestations d’accueil. Une situation qui alimente le débat sur la pertinence de ces dépenses au regard des missions fondamentales de l’Agence.
D’après les informations disponibles, huit entreprises avaient participé à cet appel d’offres, mais seules trois propositions ont été retenues lors de la phase finale, sans que des détails précis ne soient communiqués concernant les motifs techniques ayant conduit à l’exclusion des autres concurrents. Cette situation a suscité des remarques sur le niveau de transparence et les critères d’évaluation appliqués.

Les données financières montrent par ailleurs des écarts relativement limités entre les offres retenues : l’entreprise finalement sélectionnée a proposé un montant de 576.000 dirhams, contre 634.000 dirhams et 650.000 dirhams pour les autres candidats. Plusieurs observateurs estiment ainsi que le seul critère financier ne suffit pas à expliquer le choix final, notamment dans des marchés de cette nature où la qualité et l’expertise devraient occuper une place déterminante.
La controverse ne se limite pas à ce seul dossier. Un autre appel d’offres portant sur des « prestations d’accueil » a récemment abouti à l’attribution d’un marché de 382.104 dirhams à une société privée, sur la base du critère de « l’offre économiquement la plus avantageuse ».
L’ensemble de ces marchés relance ainsi le débat autour de la nature des dépenses engagées par l’Agence pour le développement agricole, alors que les attentes des agriculteurs restent fortement orientées vers le soutien direct, l’accompagnement de terrain et l’amélioration des conditions de production dans les zones rurales.






