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Jouahri évoque des tensions avec le FMI sur les financements innovants

Le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a révélé l’existence de tensions perceptibles entre le Maroc et le Fonds monétaire international (FMI) concernant le dossier des financements innovants, tout en soulignant que le Royaume tire un bénéfice conjoncturel des mutations géopolitiques mondiales, notamment en matière d’attraction des investissements étrangers.

Lors de la conférence de presse ayant suivi la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib du 17 mars 2026, Jouahri a indiqué que la mission du Fonds monétaire international a soulevé des observations appelant à intégrer les financements innovants dans la dette publique, bien que ce mécanisme soit utilisé par le Maroc depuis 2018 et ait été régulièrement présenté aux missions du FMI lors de leurs visites annuelles.

Le gouverneur a précisé que Bank Al-Maghrib avait, dès l’introduction de ce mode de financement, interrogé le FMI sur la nature des revenus générés par ces opérations, notamment pour savoir s’ils devaient être considérés comme des ressources ordinaires de l’État. À l’époque, la réponse avait été positive, avant que la mission actuelle ne considère désormais que ce mécanisme n’est pas conforme aux normes statistiques en vigueur.

Dans ce contexte, Jouahri a exprimé son étonnement face à ce revirement de position, estimant qu’il n’est pas acceptable d’informer le Maroc, après plusieurs années d’application transparente de ce dispositif, qu’il ne respecte pas les standards statistiques, d’autant plus que ce mécanisme arrive progressivement à son terme à partir de l’année prochaine.

Il a également indiqué que la question a été discutée au sein du Conseil de Bank Al-Maghrib, qui a pris acte de ces remarques en procédant à l’intégration des financements innovants dans la dette publique.

Parallèlement, Jouahri a souligné que le Maroc bénéficie actuellement des perturbations affectant d’autres régions du monde, grâce à la stabilité et à la sécurité qu’il offre, ce qui se traduit par une augmentation continue des investissements étrangers, représentant aujourd’hui environ 3,5 % du PIB.

Il a ajouté que certains secteurs industriels implantés au Maroc continuent de faire preuve de résilience, notamment l’industrie automobile, précisant que les entreprises installées dans le Royaume ne subissent pas les mêmes difficultés que certaines entreprises européennes, notamment grâce à leur orientation anticipée vers la production de véhicules hybrides.

Toutefois, le gouverneur a insisté sur le caractère conjoncturel et non garanti de ces avantages, qui restent dépendants de la stabilité du pays et du respect des normes internationales, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

Il a également souligné que le véritable enjeu consiste à mettre à profit ces investissements pour favoriser le transfert de technologies et la formation des ressources humaines, afin de renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

Jouahri a précisé que les investissements nécessaires pour le Maroc à l’horizon 2030 sont estimés à environ 190 milliards de dirhams, ce qui rend difficile leur mobilisation uniquement à partir des ressources nationales. Il a ainsi insisté sur la nécessité d’une contribution des pays partenaires et des alliés internationaux pour soutenir la croissance et créer des emplois, notamment pour les jeunes.

Dans ce contexte, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25 %, reflétant la volonté de l’institution de continuer à suivre de près les évolutions économiques et financières dans un environnement international incertain.

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