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Gaspillage alimentaire au Maroc : L’alerte rouge du CESE

Au moment où le Royaume se bat pied à pied contre un stress hydrique historique, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) vient de publier un avis qui résonne comme un électrochoc. Jeter de la nourriture n’est plus seulement un péché moral, c’est une aberration stratégique que le Maroc ne peut plus se permettre.

Le constat est brutal, presque indécent au regard de la conjoncture actuelle : chaque Marocain jette en moyenne 113 kg de nourriture par an. Multiplié par notre population, cela représente plus de 4 millions de tonnes de denrées qui finissent à la décharge. Mais au-delà des poubelles ménagères, c’est toute une chaîne de valeur qui saigne.

L’eau jetée par les fenêtres
Dans son rapport intitulé « Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc », le CESE soulève un paradoxe insupportable. Nous mobilisons des ressources colossales en eau — cette denrée devenue plus précieuse que l’or au Maroc — pour produire des fruits, des légumes et des céréales dont près de 30 % à 40 % périssent avant même d’arriver dans l’assiette du citoyen.

C’est un calcul mathématique terrifiant : le gaspillage alimentaire équivaut à vider inutilement l’équivalent d’un grand barrage chaque année. Dans un pays où le monde rural souffre et où la souveraineté alimentaire est érigée en priorité royale, ce laisser-faire ressemble à un sabordage.

Pourquoi cette faillite ?
Le CESE ne se contente pas de pointer du doigt le consommateur. Certes, nos habitudes d’achat durant le Ramadan ou les cérémonies familiales sont pointées du doigt, mais le mal est structurel.
L’institution dénonce une gouvernance fragmentée. Entre le champ et le souk, le produit marocain se perd dans des circuits de distribution archaïques, un stockage inadapté et un transport qui ne respecte pas toujours la chaîne du froid. L’absence d’un cadre juridique contraignant permet aujourd’hui à la grande distribution ou à l’hôtellerie de jeter des invendus encore consommables plutôt que de les redistribuer.

Le plan de bataille du CESE
Pour stopper cette hémorragie, le Conseil présidé par Ahmed Réda Chami propose une rupture nette avec l’attentisme actuel. Voici les piliers de la réforme attendue :

Une Loi « Anti-Gaspillage » : Le CESE prône une législation qui interdirait purement et simplement la destruction des invendus alimentaires, obligeant les opérateurs à nouer des partenariats avec des banques alimentaires ou des associations caritatives.

La clarté sur les dates de péremption : Beaucoup de Marocains jettent des produits par méconnaissance. Le Conseil demande une distinction claire entre la date limite de consommation (sécurité) et la date de durabilité minimale (qualité), pour éviter des rebuts injustifiés.

Investir dans l’aval agricole : Moderniser les marchés de gros et généraliser les chambres froides solaires pour les petits agriculteurs afin de prolonger la vie des produits frais.

Un choix de société
Au-delà des chiffres, cet avis du CESE nous place face à nos responsabilités de citoyens. La lutte contre le gaspillage ne doit plus être une « option » de sensibilisation, mais un axe central de notre politique de résilience.

Réduire les pertes de moitié d’ici 2030, comme le suggère le Conseil, ne permettrait pas seulement de faire des économies d’échelle ; cela redonnerait du sens à notre rapport à la terre et à l’effort de nos fellahs. Le message est clair : dans un Maroc en pleine mutation, le gaspillage est un luxe que nous n’avons plus les moyens de nous offrir.

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