L’organisation Transparency Maroc a appelé à l’ouverture d’une enquête sur le programme de reconstruction des zones touchées par le séisme d’Al Haouz 2023, à la suite de la publication d’un nouveau rapport pointant ce qu’elle qualifie de dysfonctionnements dans la gestion de ce chantier.
Parmi les problèmes évoqués figurent la lenteur des procédures administratives, le manque de clarté dans la gestion des ressources financières et la persistance des difficultés auxquelles font face les populations sinistrées.Ces constats figurent dans un rapport de 126 pages publié par l’Observatoire du programme de reconstruction, relevant de l’organisation.
L’étude s’appuie sur une enquête de terrain menée auprès de 454 familles dans les provinces d’Al Haouz Province et de Chichaoua Province. Selon ce document, le programme de reconstruction accuse un retard par rapport aux engagements annoncés lors de son lancement.
Le rapport indique notamment que plusieurs projets liés au secteur de l’éducation n’ont toujours pas été achevés.
En effet, 220 établissements scolaires restaient non opérationnels jusqu’en septembre 2025, soit après trois années scolaires écoulées depuis le séisme, contraignant des milliers d’élèves à poursuivre leur scolarité dans des structures provisoires.
Dans le domaine de la santé, le rapport souligne également la persistance d’un déficit en infrastructures sanitaires. Il précise que l’hôpital local d’Al Haouz ne dispose que de 45 lits, tandis que le centre hospitalier d’Ait Ourir, dont les travaux ont débuté en 2013, n’est toujours pas entré en service.
Le document met également en lumière une controverse concernant la révision des données relatives aux dégâts subis par les habitations. Le taux d’effondrement total des logements aurait été révisé à la baisse, passant de 32 % à 10 %, ce qui a eu un impact direct sur le nombre de bénéficiaires de l’aide à la reconstruction estimée à 140.000 dirhams.
Selon les données du rapport, certaines familles n’ont reçu que des montants compris entre 20.000 et 80.000 dirhams, des sommes jugées insuffisantes pour reconstruire des habitations dans des zones montagneuses difficiles d’accès.
L’étude révèle par ailleurs que plus de 200 familles parmi celles interrogées vivaient encore, à la fin de l’année 2025, dans des tentes ou des habitations provisoires. Elle fait également état d’incidents tragiques liés à des incendies dans des camps de fortune ou à l’effondrement de bâtiments fragilisés.
Concernant la gouvernance du programme, le rapport souligne le retard dans la création de l’Agence de développement du Haut Atlas chargée de superviser la reconstruction. Celle-ci n’a été mise en place qu’un an et demi après le séisme, et ne compte qu’une quinzaine de fonctionnaires pour superviser des projets répartis sur six provinces.
Le rapport évoque également un manque de transparence dans la gestion des ressources financières allouées à la reconstruction, malgré l’injection d’environ 23 milliards de dirhams dans le fonds spécial n°126 destiné à la gestion des conséquences du séisme. Il estime que la contribution du budget général de l’État demeure limitée au regard de l’ampleur des défis.
Face à ces constats, Transparency Maroc appelle à la création d’une commission parlementaire d’enquête et à un contrôle rigoureux du programme par la Cour des comptes, afin d’évaluer l’efficacité des dépenses publiques et de garantir la transparence dans la gestion de ce chantier.
L’organisation estime enfin que le chantier de reconstruction du Haut Atlas dépasse le cadre d’un simple projet de développement local. Il constitue, selon elle, un véritable test de la capacité du Maroc à faire face aux conséquences des catastrophes naturelles et à renforcer la résilience des territoires sinistrés.






