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Sinistrés sans reconnaissance officielle : le cri d’alarme de l’OMDH

Toutes les victimes des récentes inondations ne bénéficient pas du même traitement. C’est le constat préoccupant dressé par l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH), qui alerte sur les conséquences d’un classement administratif jugé inéquitable. Plusieurs provinces sévèrement touchées ne figurent pas parmi les « zones sinistrées » officiellement reconnues, excluant de fait leurs habitants des dispositifs d’indemnisation et de réparation.

Dans son rapport, l’organisation met en lumière une fracture territoriale susceptible d’aggraver l’impact de la catastrophe naturelle. Si certaines régions ont pu bénéficier d’un encadrement juridique ouvrant droit à des compensations, d’autres, pourtant confrontées à des dégâts considérables, restent en dehors du périmètre défini par les autorités. Pour l’OMDH, cette disparité crée une inégalité difficilement justifiable : les dommages sont réels, mais l’accès au soutien public dépend du statut administratif.

Les inondations ont provoqué l’effondrement d’habitations, des fissurations structurelles rendant certains logements inhabitables, des pertes de bétail et la destruction de cultures. L’activité agricole a été fortement perturbée dans plusieurs territoires. Outre Sidi Kacem, Kénitra, Sidi Slimane et Larache, le rapport cite également Chefchaouen, Taounate, Al Hoceïma et Ouezzane, notamment dans les zones montagneuses du Rif et du pré-Rif. Dans certains secteurs, des douars ont été partiellement ou totalement évacués, tandis que des routes coupées ont isolé des populations entières, compliquant l’accès aux soins et à l’éducation.

L’OMDH pointe également des insuffisances dans la communication institutionnelle durant les premières heures de la crise. L’absence de bilans consolidés et de données détaillées aurait alimenté un sentiment d’abandon dans certaines localités, où les premières informations ont circulé essentiellement via les réseaux sociaux. Sur le plan éducatif, l’organisation regrette la suspension prolongée des cours sans alternatives immédiates adaptées, estimant que cette situation risque d’accentuer les écarts entre élèves des régions affectées et ceux dont la scolarité s’est poursuivie normalement, notamment pour les niveaux concernés par des examens nationaux.

Le rapport insiste aussi sur l’impact disproportionné de la catastrophe sur les populations les plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées et celles en situation de handicap. L’ONG appelle à intégrer davantage la dimension genre et la protection ciblée des groupes fragiles dans les phases de prévention, de gestion de crise et de reconstruction.

Si elle reconnaît que les interventions préventives ont permis d’éviter un bilan humain plus lourd, l’organisation estime que la gestion des risques naturels demeure marquée par un déficit d’anticipation structurelle et de coordination entre les différents niveaux d’intervention. Elle recommande l’adoption d’une décision complémentaire élargissant la liste des zones sinistrées afin de garantir l’égalité d’accès aux indemnisations, ainsi que la mise en place d’un plan national renforcé de prévention des inondations, le développement de systèmes d’alerte précoce plus efficaces, l’adaptation des règles d’urbanisme face aux risques climatiques et le renforcement des ressources du fonds dédié aux catastrophes naturelles.

Au-delà de l’urgence, le rapport soulève une interrogation de fond : face à la multiplication des catastrophes climatiques, la solidarité nationale peut-elle dépendre d’un découpage administratif, ou doit-elle s’appuyer sur l’ampleur objective des dégâts subis par les populations ? Une question qui interpelle directement la gouvernance territoriale et la capacité des pouvoirs publics à assurer une réponse équitable à l’ensemble des citoyens touchés.

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