Le stade Santiago Bernabéu semble désormais quasiment exclu des plans de la FIFA pour l’organisation de la finale de la Coupe du monde 2030, en raison de l’absence d’un parking attenant de grande capacité, une exigence pourtant centrale dans le cahier des charges de l’instance internationale.
La Cour supérieure de justice de Madrid (TSJM) a rendu une nouvelle décision défavorable au projet d’urgence visant la construction de parkings aux abords du stade madrilène. Par cet arrêt, la juridiction interdit au Real Madrid de poursuivre la construction et l’exploitation des infrastructures de stationnement prévues, marquant un tournant judiciaire majeur.
Cette décision constitue le deuxième succès juridique consécutif des riverains du Bernabéu, farouchement opposés au projet, pourtant validé initialement par la municipalité de Madrid sous la direction du maire José Luis Martínez-Almeida, connu pour son soutien affirmé au club merengue.
La haute juridiction madrilène a ainsi confirmé l’annulation de l’appel d’offres municipal attribuant au Real Madrid le contrat de construction et d’exploitation de deux parkings jouxtant l’enceinte historique. Ce jugement vient renforcer une première décision rendue en 2024, laquelle avait déjà invalidé les projets situés dans les zones de Padre Damián et du Paseo de la Castellana.
Dans ses attendus, la Cour a notamment pointé l’absence de « véritable intérêt général », considérée comme un vice fondamental du projet. Un argument salué par les habitants du quartier, confrontés de manière quasi hebdomadaire aux nuisances sonores et au chaos généré par les flux de supporters, alors que certaines habitations se trouvent à moins de huit mètres du stade.
La Cour a par ailleurs estimé que la municipalité n’avait pas démontré, au regard des règles d’urbanisme en vigueur, que la création des parkings — y compris leur connexion directe projetée avec les installations existantes — répondait à une nécessité publique avérée. Les juges ont rejeté les arguments avancés par la mairie et le club, ciblant en particulier le tunnel controversé de 650 mètres prévu sous la rue Padre Damián. Selon la décision, aucune donnée technique « objective et fiable » n’a été produite pour établir que cet ouvrage permettrait de fluidifier la circulation.
Plus grave encore, la juridiction a relevé que des modifications substantielles avaient été apportées à l’étude de faisabilité économique et financière sans information préalable du public, en violation manifeste des obligations légales de transparence. Les projets de stationnement ont également été jugés incompatibles avec le plan spécial d’aménagement du secteur, un point déjà soulevé par les services techniques municipaux.
Malgré un premier jugement défavorable, le Real Madrid avait poursuivi les travaux jusqu’à leur suspension par la Cour. L’annulation de l’autorisation d’exploitation pour une durée de quarante ans scelle désormais, de facto, l’exclusion du Bernabéu non seulement de la finale du Mondial 2030, mais possiblement aussi de plusieurs rencontres de la compétition, pour la même raison structurelle : l’absence d’un parking dédié à proximité immédiate.
La Cour a en outre condamné le Real Madrid au paiement de 12 000 euros de frais de justice, tandis que la municipalité devra s’acquitter de 6 000 euros supplémentaires. L’équipe du maire Almeida examine actuellement la décision avec ses conseillers juridiques, sans avoir encore tranché sur l’opportunité d’un recours devant la Cour suprême.
Lancé en 2022 à la demande du Real Madrid, le projet visait à créer des parkings pour plus de 2 000 véhicules. Le contrat, attribué de manière exceptionnelle au club, incluait l’exploitation des infrastructures pendant quatre décennies ainsi que l’utilisation de 20 000 m² d’espaces publics pour l’organisation d’événements — un élément central dans l’argumentaire juridique des riverains.
Ces derniers, regroupés au sein de l’Association des victimes du projet Bernabéu (AVPB), avaient saisi la justice pour contester le projet. Son président, Enrique Martínez, s’est félicité de la décision, estimant qu’elle démontre « de manière éclatante l’illégalité du projet ». Il a souligné l’importance de la persévérance et rappelé que la victoire reste possible face aux entités les plus puissantes, à condition de s’appuyer sur « la rationalité, la cohérence et un travail rigoureux ».
Sur le plan politique, l’opposition municipale s’est également emparée du dossier. José Luis Nieto, élu du groupe Más Madrid, a dénoncé une situation « entourée d’opacité et de pratiques douteuses », accusant la majorité municipale de privilégier des intérêts financiers et de chercher à satisfaire le Real Madrid au détriment des habitants, au prix d’atteintes délibérées aux réglementations urbaines et environnementales.






