Ce vendredi 6 février 2026, l’esplanade du Parlement à Rabat s’est muée en théâtre d’une mobilisation nationale d’envergure. Sous un ciel chargé, des centaines d’avocats, vêtus de leurs robes noires, ont convergé depuis l’ensemble des barreaux du Royaume pour exprimer leur rejet du projet de loi n°66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat, adopté récemment par le Conseil de gouvernement.
Cette action, déclenchée à partir de onze heures du matin, intervient au terme de plusieurs semaines de paralysie des juridictions, marquées par un arrêt quasi total des audiences et des permanences judiciaires. Pour les avocats, cette escalade n’est pas une posture corporatiste, mais la conséquence directe de l’absence d’un dialogue sérieux avec le gouvernement, malgré les alertes répétées sur les implications du texte contesté.
Les protestataires dénoncent un projet qu’ils jugent attentatoire aux fondements mêmes de la profession, estimant qu’il remet en cause son indépendance et affaiblit son rôle constitutionnel dans la protection des droits et libertés. À leurs yeux, toute réforme du système judiciaire qui se ferait sans l’implication effective des avocats serait vouée à l’échec, ceux-ci constituant un pilier essentiel de la justice et non de simples auxiliaires procéduraux.
La manifestation a également été marquée par la participation du Front national pour la défense de l’indépendance de la profession d’avocat, une large coalition regroupant 43 organisations politiques, syndicales, associatives et de défense des droits humains. À travers sa présence, le Front a voulu souligner que la contestation dépasse le cadre strictement professionnel pour s’inscrire dans une bataille sociétale plus large, touchant au droit à la défense et à l’équité du procès.
Selon plusieurs intervenants, l’isolement du ministre de la Justice est désormais manifeste, tant au niveau national qu’international. Des instances professionnelles étrangères et des organisations européennes auraient exprimé leur inquiétude quant aux répercussions du projet sur les standards internationaux du procès équitable et de l’État de droit.
Le bâtonnier El Houssine Zayani, président de l’Association des barreaux du Maroc, a estimé que la situation actuelle ne saurait être qualifiée de crise conjoncturelle, mais qu’elle constitue le produit direct d’un choix législatif contesté. Il a affirmé que le débat dépasse les intérêts professionnels pour toucher aux équilibres fondamentaux du système judiciaire et à l’avenir de la justice au Maroc.
La crise actuelle trouve son origine dans l’adoption, en janvier dernier, du projet de loi n°66.23 par le Conseil de gouvernement. Les instances professionnelles y voient des reculs majeurs et accusent le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, de chercher à instaurer une forme de tutelle administrative sur une profession dont l’indépendance est au cœur de l’État de droit.






