De vastes zones de la région du Gharb et du nord du Royaume ont été frappées, ces derniers jours, par de violentes inondations provoquées par des précipitations exceptionnellement abondantes et par une hausse sans précédent du niveau des oueds et cours d’eau. Cette situation a plongé des milliers de familles dans un état d’urgence permanent, après que les eaux ont envahi des quartiers résidentiels, endommagé de nombreuses habitations et contraint plusieurs ménages à quitter leurs domiciles en pleine nuit.
Au total, 108 423 personnes ont été évacuées au cours des derniers jours dans le cadre d’opérations d’urgence menées dans plusieurs provinces sinistrées, notamment dans les régions du Gharb et du nord, afin de prévenir des risques graves pour les vies humaines. Malgré les efforts de terrain déployés par les autorités locales et les services de la Protection civile, l’inquiétude demeure vive parmi les populations touchées, confrontées à des pertes matérielles considérables et à de fortes attentes en matière de soutien et d’accompagnement.
Toutefois, ces développements sur le terrain se sont accompagnés, selon plusieurs observateurs, d’un silence gouvernemental notable au niveau central, rappelant d’autres épisodes récents tels que le séisme du Haut Atlas, la mort de citoyens marocains sous des tirs de l’armée algérienne, la hausse des prix ou encore les mouvements de contestation de la génération “Z”. Aucun message public n’a été adressé par le Chef du gouvernement, pas plus qu’aucune clarification de la part de son porte-parole, suscitant de nombreuses interrogations quant à la place du discours politique en période de crise humanitaire et à son rôle dans la rassurance des citoyens et la clarification de la situation.
Des acteurs politiques et des défenseurs des droits humains estiment que ce silence révèle un dysfonctionnement plus profond dans la gestion des crises, soulignant que la réponse aux catastrophes naturelles ne saurait se limiter aux interventions techniques, mais doit également inclure une présence politique assumée et une communication responsable, considérées comme une composante du droit à l’information et un pilier essentiel du maintien de la confiance des citoyens, en particulier dans les moments de grande vulnérabilité.
Dans ce contexte, la députée de la Fédération de la gauche démocratique, Fatima Tammni, a affirmé que le silence du Chef du gouvernement et de son porte-parole lors des inondations de Ksar El Kébir « reflète un déficit manifeste de leadership politique en temps de crise ». Elle a souligné que lorsque les citoyens vivent la peur et les pertes, l’opinion publique attend une présence politique responsable, capable de rassurer, de fournir des données précises et d’annoncer des mesures claires.
Tammni a estimé que cette absence renforce l’idée d’un gouvernement agissant dans une logique de réaction tardive, plutôt que dans celle d’un pilotage anticipatif, apte à gérer les risques naturels dont la fréquence devient préoccupante. Elle a également dénoncé une focalisation excessive de l’Exécutif sur des calculs électoraux prématurés, au détriment de la prise en compte de la tension sociale croissante, qu’elle attribue à la faiblesse du bilan gouvernemental et à son incapacité à répondre aux attentes des Marocains.
La parlementaire a ajouté que lorsque le silence devient un comportement récurrent face aux crises, il constitue un signal d’alerte quant à la fragilité du système de gestion des catastrophes, rappelant que la communication institutionnelle fait partie intégrante de la gouvernance de crise, en ce qu’elle oriente l’action sur le terrain et renforce la confiance envers les institutions.
Elle a insisté sur le fait que la responsabilité gouvernementale ne commence pas après la catastrophe, mais en amont, à travers la planification, la prévention et la protection des citoyens et de leurs biens, soulignant la responsabilité directe de plusieurs départements, notamment le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Équipement et de l’Eau, ainsi que les secteurs de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire.
Concernant le rôle de l’opposition, Tammni a rappelé avoir déjà interpellé le gouvernement au Parlement sur la nécessité de l’activation effective du Fonds de lutte contre les effets des catastrophes, tout en constatant que la réalité révèle la persistance de procédures complexes limitant l’accès des sinistrés aux aides, ainsi qu’un faible engagement de l’Exécutif face aux initiatives de contrôle parlementaire.
Elle a conclu en appelant à un changement de paradigme, passant de la gestion post-catastrophe à une logique de prévention et d’anticipation, à travers l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée de gestion des risques naturels, fondée sur la planification scientifique, le renforcement des infrastructures de drainage, le contrôle strict de l’urbanisation dans les zones à risque, la mise en place d’un système d’alerte précoce efficace, l’accélération de l’indemnisation des sinistrés et l’amélioration de la coordination et de la gouvernance en période de crise.
De son côté, le militant des droits humains et président de la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l’Homme, Idriss Seddraoui, a estimé que l’absence de communication directe du Chef du gouvernement pose un problème au niveau du leadership symbolique de la crise, rappelant que la Constitution confie à la Présidence du gouvernement la mission de coordonner les politiques publiques et d’assurer la cohérence de leur mise en œuvre, notamment en matière de gestion des crises et des catastrophes naturelles.
Seddraoui a rappelé que la Constitution consacre clairement le principe de solidarité nationale, qui fait de l’État, dans toutes ses composantes, un acteur central dans l’accompagnement des citoyens en période d’épreuve. Il a estimé que la situation actuelle révèle un recours excessif à des modes traditionnels de communication, tels que les intermédiaires locaux, qui conservent une utilité sociale dans certaines zones, mais ne sauraient remplacer un discours politique et institutionnel clair et structuré.
Concernant la responsabilité de l’État en matière de communication en temps de crise, Seddraoui a insisté sur son caractère global, englobant à la fois l’intervention opérationnelle et la garantie du droit à l’information et à une communication régulière. Il a rappelé que la Constitution consacre ce droit, ainsi que le principe de reddition des comptes, ce qui impose aux institutions publiques la transparence dans l’analyse des causes, la présentation de données fiables sur les mesures adoptées et la clarification des perspectives futures.
Il a souligné que la communication en période de crise n’est pas un luxe politique, mais un devoir constitutionnel, visant à préserver la confiance collective et à réduire l’anxiété sociale, mettant en garde contre les risques d’un discours gouvernemental fragmenté ou inexistant, susceptible d’être perçu comme une défaillance dans la garantie du droit à l’information.
Seddraoui a également pointé du doigt la centralisation du dossier au niveau du ministère de l’Intérieur, en l’absence de communication claire des départements concernés, notamment ceux de l’Eau, de l’Équipement et du Transport, soulevant des interrogations sur la gouvernance et la coordination intersectorielle, ainsi que sur la gestion des barrages et des infrastructures hydrauliques et leur niveau de préparation.
En outre, il a souligné l’impact psychologique et social de ce silence sur les populations sinistrées, qui vivent une situation marquée non seulement par des pertes matérielles, mais aussi par un sentiment d’insécurité et d’incertitude quant à l’avenir. Si les mécanismes de communication traditionnelle ont permis d’atténuer l’angoisse dans certaines zones, comme Ksar El Kébir, ils se sont révélés moins efficaces dans d’autres parties du Gharb.
Idriss Seddraoui a conclu en avertissant que la poursuite de l’ambiguïté entourant l’avenir et les responsabilités liées aux dysfonctionnements dans la gestion des infrastructures hydrauliques pourrait conduire à une érosion de la confiance et à des tensions sociales indésirables, appelant à une approche participative, fondée sur l’implication de l’ensemble du gouvernement, la reddition des comptes et l’activation effective du principe constitutionnel de solidarité comme levier central pour dépasser la crise et protéger les droits fondamentaux des citoyens.






