Le lundi 2 mars 2026, Casablanca a accueilli une conférence-débat de haute importance sous le thème : « La souveraineté alimentaire du Maroc : Réalité et enjeux ». Organisée par l’Alliance des Ingénieurs Istiqlaliens en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer, cette rencontre a été présidée par Nizar Baraka, Secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, en présence de nombreuses figures politiques et d’experts, notamment Abdellatif Maâzouz, président de la région Casablanca-Settat.
L’eau, condition sine qua non de la souveraineté
D’emblée, Nizar Baraka a posé une question centrale : « Peut-on parler de souveraineté alimentaire face à un déclin structurel des ressources hydriques ? ». Le ministre a dressé un bilan sans concession de la situation hydrologique nationale. Entre 2018 et 2025, le Maroc a enregistré ses niveaux d’apports les plus bas depuis 1945, avec un déficit annuel oscillant entre -54 % et -85 %.
Ce stress hydrique a frappé de plein fouet le secteur agricole. En cinq ans, le pays a perdu environ 40 000 hectares d’agrumes, tandis que le renchérissement du bétail et des fourrages a lourdement pesé sur les prix à la consommation.
Entre surexploitation des nappes et embellie hivernale
Nizar Baraka a tiré la sonnette d’alarme sur la surexploitation des nappes phréatiques : le volume prélevé atteint 5,4 milliards de m³ par an, soit 2,5 fois le seuil de renouvellement durable. Plus inquiétant encore, 80 % des puits sont exploités sans autorisation.
Toutefois, une note d’espoir a marqué son exposé. Entre décembre 2025 et février 2026, le Maroc a connu une amélioration notable de ses réserves. Les apports ont atteint 13,87 milliards de m³, permettant de porter le taux de remplissage des barrages de 27,6 % à 70,3 %. Si 13 barrages affichent aujourd’hui un surplus, cette alternance entre sécheresse extrême et épisodes pluvieux intenses impose, selon M. Baraka, une gestion agile capable de traiter simultanément la pénurie et les inondations.
Une stratégie multidimensionnelle : Eau, Énergie et Alimentation
Le Secrétaire général de l’Istiqlal a rappelé que 75 % des eaux mobilisées sont destinées à l’agriculture irriguée. Pour sécuriser l’avenir, le Royaume mise sur une approche intégrée :
Dessalement de l’eau de mer : Atteignant une capacité de 350 millions de m³ en 2025, le défi est désormais de coupler ces usines aux énergies renouvelables pour réduire les coûts et l’empreinte carbone.
Transferts de bassins : Notamment le projet ambitieux de transférer 800 millions de m³ par an entre les bassins excédentaires et déficitaires.
Économie circulaire : Porter la réutilisation des eaux usées à 100 millions de m³ d’ici 2027.
Vers une souveraineté alimentaire résiliente
En conclusion, Nizar Baraka a redéfini le concept de souveraineté alimentaire. L’enjeu n’est plus l’autosuffisance totale, mais la construction d’une souveraineté résiliente. Celle-ci repose sur trois piliers :
Une production nationale stratégique pour les denrées vitales.
Un mix de production locale et d’importations encadrées pour les produits semi-stratégiques.
Une ouverture flexible sur les marchés mondiaux pour le reste.
Cette vision, soutenue par les orientations royales, place la maîtrise de l’eau au cœur de la dignité et de la sécurité du citoyen marocain.






