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L’Autonomie avancée au Maroc : le passage à la deuxième vitesse décrété

Par Me Mohammed Benelmahi .

En dotant les régions de nouvelles prérogatives et de moyens renforcés lors du Conseil des ministres du 9 avril 2026, Mohammed VI consolide les fondements constitutionnels (articles 1 et 135 à 146) relatifs au rôle de la région en tant que collectivité territoriale majeure. Celle-ci est désormais pleinement reconnue comme une entité dotée de la personnalité juridique, de l’autonomie financière et de pouvoirs réglementaires lui permettant de gérer ses propres affaires de manière harmonieuse.

Il s’agit d’une étape déterminante visant à approfondir la décentralisation de la gouvernance, à renforcer la démocratie locale et à assurer un développement territorial équilibré.

Une vision stratégique du développement territorial .

Ces décisions dépassent largement une simple logique d’investissement. Elles traduisent une vision structurée dans laquelle le développement territorial, la cohésion sociale et la valorisation du capital humain progressent de manière concomitante.

La place accordée aux douze régions du Royaume, à l’efficacité des politiques publiques et aux infrastructures sociales témoigne d’une approche moderne et stratégique du développement. L’accent mis sur l’éducation et le bien-être des citoyens apparaît particulièrement déterminant, dans la mesure où ces choix façonnent durablement la société marocaine.

Dans cette perspective, la régionalisation avancée constitue un choix stratégique majeur visant à garantir un développement harmonisé, avec une dynamique commune à l’ensemble des régions du Maroc.

La régionalisation avancée : un chantier constitutionnel structurant .

Le Conseil des ministres présidé à Rabat par Mohammed VI s’inscrit dans la continuité d’un chantier engagé depuis plus d’une décennie : celui de la régionalisation avancée. À travers les annonces relatives à la gouvernance territoriale et au développement intégré, le Souverain illustre concrètement sa volonté de transformer en profondeur l’organisation de l’État.

Pensée comme un levier de modernisation, et appuyée par des moyens humains ainsi qu’un budget conséquent estimé à 210 milliards de dirhams, la régionalisation avancée repose sur un principe central : rapprocher la décision publique des citoyens. Elle vise ainsi à dépasser un modèle traditionnel fortement centralisé au profit d’une répartition plus équilibrée des pouvoirs entre l’État et les régions.

Dans cette logique, les collectivités territoriales ne sont plus de simples relais administratifs, mais deviennent de véritables acteurs du développement économique et social.

Réduire les disparités et renforcer l’efficacité publique .

Cette orientation répond à plusieurs impératifs. D’une part, elle vise à corriger les disparités territoriales en permettant à chaque région de concevoir des politiques adaptées à ses spécificités. D’autre part, elle ambitionne d’améliorer l’efficacité de l’action publique grâce à une meilleure prise en compte des réalités locales.

Enfin, elle s’inscrit dans une volonté de renforcer la participation citoyenne, en intégrant davantage les populations dans la définition des priorités de développement.

Les travaux du Conseil des ministres illustrent cette approche. La nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré repose sur une méthodologie ascendante, fondée sur l’écoute et la concertation à l’échelle locale. L’élaboration de diagnostics territoriaux propres à chaque préfecture et province confirme cette volonté de partir des besoins réels des citoyens, plutôt que d’imposer des politiques uniformes depuis le centre.

Une gouvernance territoriale a l’écoute, renouvelée .
Sur le plan institutionnel, la gouvernance proposée traduit une dynamique claire de décentralisation. Les responsabilités sont désormais réparties entre plusieurs niveaux : le niveau local, chargé de l’élaboration et du suivi des projets ; le niveau régional, responsable de la coordination ; et le niveau national, garant de la cohérence stratégique et de la mobilisation des financements.

Le projet de loi organique relatif aux régions, adopté lors de ce Conseil, vient renforcer cette évolution. Il prévoit notamment un élargissement des compétences régionales, un renforcement de leurs ressources financières et une clarification de leurs attributions. L’objectif est de permettre aux régions d’assumer pleinement leur rôle de moteur du développement.

Par ailleurs, la transformation des agences régionales d’exécution des projets en sociétés anonymes constitue une avancée notable dans la modernisation de la gestion publique. Elle vise à concilier exigences de gouvernance, contrôle public et efficacité opérationnelle.

Une impulsion royale et un nouveau modèle de gouvernance .

À travers ces mesures, les décisions prises lors du Conseil des ministres apparaissent comme une illustration concrète de la mise en œuvre de la régionalisation avancée portée par Mohammed VI.

Au-delà des principes, c’est bien le passage effectif vers un nouveau modèle de gouvernance territoriale qui se dessine, fondé sur la proximité, la performance et l’équité entre les territoires. Ce tournant marque ainsi l’entrée dans une « deuxième vitesse » de la régionalisation, où les ambitions affichées se traduisent désormais par des mécanismes opérationnels et des résultats attendus sur le terrain.

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