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Algérie, un épisode de communication institutionnelle qui interroge le rapport État Médias

Par Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD.
Conseiller Indépendant du Président français.
Analyste géopolitique et conseiller stratégique.

Un fait strictement vérifiable, sans surenchère, le ministère algérien de la Communication a adressé une mise en demeure au quotidien El Watan après la publication d’un titre relatif au débat parlementaire sur le nouveau Code de la route, en invoquant notamment les articles 68 et 71 de la loi n°23-19 (2 décembre 2023). 

1) Les éléments factuels (vérifiés)
• D’après les sources institutionnelles algériennes, la mise en demeure vise une “information trompeuse/erronée”, et s’appuie sur une notification liée au Conseil de la nation. 
• Sur le fond, le Conseil de la nation a adopté le texte portant Code de la route avec réserve sur le vote de 11 articles, renvoyés à une procédure de concertation (commission paritaire), ce qui établit l’existence d’un différend substantiel sur un bloc de dispositions. 
• El Watan a présenté ces 11 articles comme ayant fait l’objet d’un “non” des sénateurs, formulation qui a cristallisé l’épisode. 

Point clé (sans polémique), l’écart se situe moins dans l’existence du débat que dans la qualification sémantique du processus (réserves/renvoi en commission vs “non” en titre).

2) Lecture géopolitique et diplomatique, la “politique du récit” comme variable de stabilité

Dans l’analyse contemporaine des systèmes politiques, la relation État–médias fonctionne comme un baromètre : elle mesure la capacité d’un appareil institutionnel à absorber la pluralité des formulations sans percevoir la nuance comme un risque. Ici, la réaction administrative illustre une sensibilité élevée à la mise en récit d’un événement parlementaire.

C’est un point important sur le plan géopolitique, dans un environnement régional sous pression (économie, attentes sociales, mobilité, jeunesse), la confiance informationnelle devient un actif stratégique. Quand la gouvernance privilégie l’alignement strict du langage public, elle cherche souvent à préserver la cohérence institutionnelle ; mais elle prend aussi le risque de nourrir, à moyen terme, une demande accrue de clarification et de transparence.

3) Cadre juridique, un instrument de régulation qui structure le rapport de forces

La loi n°23-19 (2 décembre 2023) formalise des mécanismes de régulation et de mise en demeure, avec des conséquences potentielles en cas de non-conformité. 
Ce cadre, comme tout dispositif de régulation, mérite d’être lu sous l’angle de l’équilibre, comment concilier, durablement, l’exigence de fiabilité et la nécessité d’un espace médiatique capable de relater les débats institutionnels avec ses nuances, sans que la formulation devienne elle-même un sujet de tension.

4) Une conclusion volontairement constructive

Sans jugements excessifs ni comparaisons inutiles, cet épisode rappelle une évidence diplomatique : la stabilité se consolide par la robustesse des institutions, mais aussi par la qualité des interfaces entre institutions, société et médias. Dans le Maghreb, l’intérêt collectif est de réduire les frictions, de privilégier les mécanismes de dialogue, et d’éviter que les désaccords de vocabulaire ne se transforment en signaux de crispation.

En tant que Franco-Marocain, attaché aux institutions, à la Monarchie marocaine et à une relation franco-marocaine forte dans l’esprit de responsabilité et de coopération, et en soutien à la ligne de stabilité portée par le Président Emmanuel Macron, je privilégie ici une lecture sobre, faits vérifiés, cadre juridique, implications de gouvernance, sans polémique.

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