à la unePolitique

Alger, le pompier pyromane : Quand la survie d’un système passe par le sabotage de ses voisins

Il semble que le régime algérien soit devenu l’un des principaux exportateurs de terrorisme et de groupes extrémistes dans la région. C’est ce que suggèrent plusieurs analyses politiques croisées, qui ne dissocient plus le comportement de l’appareil sécuritaire d’Alger de ses tentatives répétées de projeter ses crises internes sur son environnement immédiat. Dans ce contexte, l’homme politique tunisien et chercheur en pensée islamique, Ridha Belhadj, soutient que les turbulences vécues par la Tunisie après la révolution de 2011 n’étaient pas isolées d’interférences étrangères, au premier rang desquelles figurent des cercles influents en Algérie cherchant à déstabiliser le processus tunisien.

La tentation de la « Décennie Noire »
Dans un entretien approfondi, Belhadj explique que certaines entités algériennes ont œuvré pour cloner l’expérience de la « décennie noire » des années 90 afin de la transposer sur le sol tunisien. Pour lui, cette stratégie reflète la mentalité d’un régime qui perçoit toute transition démocratique voisine comme une menace directe pour sa propre survie. Il pointe du doigt le rôle de généraux influents de l’institution militaire algérienne, citant notamment Khaled Nezzar, Mohamed Mediene (alias Toufik) et Mohamed Lamari. Selon lui, ce qui a été plus tard qualifié de « Isaba » (la bande) n’était que la façade d’un système militaire habitué à gérer les crises par la fabrique de la peur et l’entretien de l’extrémisme.

Infiltration et chantage sécuritaire
Analysant le phénomène terroriste en Tunisie, Belhadj établit un lien direct entre la montée de groupes radicaux, comme Ansar al-Charia, et des opérations d’infiltration systématiques menées par des acteurs extérieurs. Ces derniers auraient agi selon une logique de chantage sécuritaire : « l’allégeance ou le chaos terroriste ». Ce comportement traduirait la hantise du régime algérien face à la révolution tunisienne à ses débuts, le poussant à utiliser les mêmes outils de déstabilisation éprouvés durant des décennies sur son propre territoire.

Les failles du modèle tunisien
Au-delà de l’ingérence, Belhadj diagnostique des failles internes au projet tunisien, dont les racines remonteraient à l’ère de Habib Bourguiba. Ce dernier aurait, selon lui, légué son projet idéologique à Zine El Abidine Ben Ali — issu du renseignement — empêchant ainsi le projet politique de s’enraciner durablement dans la société. Cet échec a été exacerbé par l’incapacité des élites post-révolutionnaires à poser les véritables questions nécessaires à la protection des acquis démocratiques.

Le chercheur estime que le tournant du 25 juillet 2021 n’est pas un accident, mais la conséquence naturelle de luttes intestines et de visions divergentes entre les acteurs politiques. Il cite d’ailleurs Mohsen Marzouk, pour qui le mouvement Ennahdha ferait partie d’une certaine forme de « contre-révolution » à cause de ses compromis opaques ayant approfondi la crise de confiance.

Pour une sortie de crise : libertés et cohérence de l’État
Sur le plan des libertés, Ridha Belhadj plaide pour une amnistie générale, excluant uniquement ceux réellement impliqués dans le terrorisme ou l’atteinte à la sûreté de l’État. Il souligne également la dérive de certains syndicats sécuritaires devenus, par moments, plus puissants que les institutions officielles, au point d’interférer dans les dossiers politiques et de fragiliser la cohésion de l’État.

Enfin, sur le plan intellectuel, Belhadj lie ce diagnostic à son ouvrage « Les courants islamiques : points de départ, labyrinthes et finalités ». Il y critique tant les courants islamiques inféodés au pouvoir que ceux cherchant à diluer les références religieuses au nom d’une certaine modernité. Il défend une voie médiane, ouverte et refusant le fanatisme. Son analyse remet en lumière la responsabilité des régimes régionaux, l’Algérie en tête, dans l’entretien d’un climat d’instabilité, au détriment de la construction d’un espace maghrébin fondé sur le respect de la volonté des peuples.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *