La mort de El Mencho, figure centrale du narcotrafic et chef du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a déclenché une onde de choc sécuritaire à travers le Mexique, révélant l’ampleur de l’emprise des organisations criminelles sur certaines régions du pays. L’opération militaire qui a conduit à son décès, dimanche 22 février, dans l’État de Jalisco, marque un tournant symbolique dans la lutte contre les cartels, mais ses répercussions immédiates témoignent d’un équilibre toujours fragile.
Une opération ciblée à forte portée stratégique
Nemesio Oseguera, 59 ans, considéré comme l’un des narcotrafiquants les plus puissants du continent, a été localisé dans la localité de Tapalpa. Blessé lors de l’assaut mené par l’armée mexicaine, il est décédé peu après sa capture durant son transfert aérien vers Mexico. Selon les autorités, sept membres présumés du cartel ont été tués, deux arrêtés et un arsenal conséquent saisi, comprenant notamment des armes lourdes capables d’abattre des aéronefs.
Si Mexico affirme avoir conduit l’opération de manière autonome, des renseignements fournis par Washington auraient contribué à sa réussite. L’administration américaine, qui a fait de la lutte antidrogue une priorité stratégique, a salué une victoire majeure. Le président Donald Trump a d’ailleurs à plusieurs reprises pressé la cheffe de l’État mexicain, Claudia Sheinbaum, d’autoriser une intervention militaire directe américaine contre les cartels — une option qu’elle a jusqu’ici fermement écartée.
Une flambée de violences dans tout le pays
L’annonce de la mort du chef criminel a aussitôt déclenché des représailles attribuées à des membres du CJNG dans une vingtaine d’États. Barrages routiers, incendies de commerces et attaques ciblées ont été signalés dans plusieurs régions, y compris des zones touristiques. Dans la métropole de Guadalajara, troisième ville du pays, la population a été appelée à rester confinée face à la multiplication d’incidents et de rumeurs.
Les autorités ont recensé plus de deux cents blocages routiers en une seule journée, dont la grande majorité a été levée dans la soirée. Des établissements scolaires ont suspendu les cours présentiels dans plusieurs États, tandis que la justice a autorisé la fermeture temporaire de tribunaux si la sécurité l’exigeait.
Alertes internationales et vigilance accrue
Face à la situation, le ministère français des Affaires étrangères, le Quai d’Orsay, a recommandé à ses ressortissants présents dans les zones touchées de faire preuve de la plus grande prudence et de limiter leurs déplacements. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont émis des consignes similaires, certaines compagnies aériennes annulant même des vols vers des destinations mexicaines.
Le Guatemala, voisin du Mexique, a pour sa part renforcé la surveillance de sa frontière, redoutant d’éventuels déplacements de groupes criminels ou des luttes internes de succession au sein des cartels.
Un succès tactique, une équation stratégique
Si l’élimination d’« El Mencho » constitue un coup dur pour le CJNG, les analystes redoutent une phase de recomposition violente entre factions rivales. L’histoire récente du Mexique montre que la disparition d’un chef de cartel, loin de signifier la fin d’une organisation, peut au contraire provoquer une fragmentation propice à une recrudescence des affrontements.
Dans l’immédiat, les autorités mexicaines appellent la population au calme et assurent poursuivre les opérations de sécurisation. Mais l’ampleur des troubles survenus en quelques heures souligne une réalité persistante : la lutte contre les cartels demeure l’un des défis majeurs pour la stabilité intérieure du pays.






