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Renault–défense, et si Tanger devenait aussi un maillon “dual-use” stratégique ?

Par Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD. Conseiller Indépendant du Président français.

Le virage annoncé de Renault vers une activité de défense via un partenariat avec l’industriel français Turgis Gaillard pour la fabrication de drones militaires marque une évolution industrielle qui dépasse largement l’effet d’annonce. Selon Reuters, le projet est conduit sous l’égide des autorités françaises compétentes en matière d’achats et de normes de défense, dans un contexte d’accélération européenne des capacités industrielles.

Au-delà du débat, un point mérite l’attention au Maroc, Renault est déjà solidement implanté dans le Royaume, notamment avec son site industriel de Tanger, devenu l’un des piliers du dispositif de production du Groupe. Dès lors, une question stratégique se pose naturellement : pourquoi ne pas envisager, à terme, une extension “dual-use” (civil + défense) au Maroc, dans un cadre strict, transparent et conforme aux règles d’exportation et de contrôle ?

Une logique industrielle cohérente : la convergence automobile défense

Dans mon analyse précédente, je soulignais que ce type de bascule n’est pas improvisé, elle s’appuie sur des briques issues de la R&D automobile (systèmes embarqués, composites, contrôle-commande, industrialisation), facilement transférables vers des applications de défense lorsque le cadre réglementaire le permet. Cette dynamique illustre précisément la montée en puissance mondiale des technologies dites “duales”.

Pourquoi le Maroc est un candidat crédible

Le Royaume directement réunis au même endroit en Afrique :
• Une base industrielle automobile mature (production, quelques terrain).
• Une position logistique de premier plan via le Nord et l’axe Tanger–Tanger Med, facilitant l’export, l’approvisionnement et la réactivité.
• Un vivier d’ingénierie et de techniciens qui a fait ses preuves dans l’automobile, secteur où l’exigence qualité est structurante.

Autrement dit : si Renault sait “passer à l’échelle” dans l’automobile à Tanger, une partie des activités duales (sous ensembles, industrialisation de composants, maintenance, bancs d’essai, ingénierie process, formation, etc.) pourrait à terme être étudiée au Maroc, sans forcément déplacer le cœur décisionnel ni les éléments les plus sensibles.

Un message d’encouragement : gagner “ensemble”

L’enjeu pour Renault serait double : sécuriser des capacités industrielles additionnelles et gagner en flexibilité, tout en capitalisant sur une implantation marocaine déjà performante. Pour le Maroc : monter en gamme sur des métiers à forte valeur ajoutée, créer des emplois qualifiés, renforcer l’écosystème technologique, et accélérer la culture “industrie critique” (traçabilité, qualité, conformité).

Ce plaidoyer n’est pas un appel à la précipitation : c’est une invitation à ouvrir un chantier d’exploration, avec une logique de partenariats, de conformité, et de bénéfices mutuels. Le Nord du Maroc déjà locomotive industrielle peut aussi devenir un terrain crédible de l’innovation duale, si le cadre est maîtrisé et si l’ambition est partagée.

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