Le rapport de l’Indice de perception de la corruption (CPI) pour l’année 2025, publié par l’organisation Transparency International, fait état d’une amélioration relative du Maroc dans la lutte contre la corruption. Le Royaume se classe désormais au 91ᵉ rang mondial sur 182 pays, avec un score de 39 points sur 100.
Malgré ce progrès limité par rapport à 2024, où le Maroc occupait la 99ᵉ place avec 37 points, l’augmentation de deux points reflète un léger renforcement des efforts nationaux contre la corruption. Cependant, le score reste en deçà du seuil de 50 points, considéré par l’organisation comme indicateur d’une performance acceptable, confirmant le ralentissement chronique des efforts de lutte contre la corruption dans le pays depuis plus d’une décennie.
Cette position place le Maroc dans le bas du classement mondial, reflétant la faiblesse des institutions de contrôle et l’insuffisance de l’indépendance judiciaire, un constat partagé par une grande partie de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).
Transparency Maroc a exprimé son inquiétude face à cette situation persistante, rappelant que le Royaume oscille depuis 2012 entre les rangs 73 et 99 et entre 37 et 43 points. Le seul progrès notable remonte à 2018, année où le Maroc avait atteint la 73ᵉ place avec 43 points, avant de connaître un recul continu au cours des sept dernières années.
L’organisation a souligné que ce recul est aggravé par des mesures législatives controversées, telles que la loi 03.23 relative à la procédure pénale, limitant la possibilité pour la société civile de porter plainte en matière de gestion de deniers publics, en contradiction avec la Constitution marocaine et les conventions internationales ratifiées par le Royaume.
Ces reculs s’ajoutent au blocage des mécanismes prévus par le système légal de lutte contre la corruption instauré par la Constitution de 2011, notamment les lois sur les conflits d’intérêts, le droit d’accès à l’information, la déclaration de patrimoine et la protection des lanceurs d’alerte.
Transparency Maroc a également pointé le lien entre corruption persistante et restriction de la liberté d’expression. Selon Reporters sans frontières, le Maroc se classe 120ᵉ sur 180 pays, notamment après l’adoption d’une loi controversée sur le Conseil national de la presse.
Le rapport mondial 2025 souligne que la corruption demeure une menace sérieuse au niveau mondial, malgré des signes limités de progrès dans certains pays. Le manque de leadership responsable, l’affaiblissement des contre-pouvoirs démocratiques et les attaques contre la société civile indépendante compliquent encore la lutte contre la corruption.
L’indice couvre 182 pays et territoires, évaluant la corruption perçue dans le secteur public sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre). Depuis 2012, seulement 31 pays ont significativement réduit leur corruption, tandis que la majorité reste incapable de la combattre ou a enregistré une aggravation. La moyenne mondiale est tombée à 42 points, avec plus des deux tiers des pays sous 50 points, impactant négativement les services publics, les infrastructures et la vie des jeunes.
Selon Maira Martini, directrice générale de Transparency International : « Dans un contexte de crise climatique, d’instabilité et de polarisation, le monde a plus que jamais besoin de dirigeants responsables et d’institutions indépendantes pour protéger l’intérêt général, mais ils échouent souvent. Nous appelons les gouvernements et les dirigeants à faire preuve d’intégrité et à assumer leurs responsabilités pour garantir un avenir meilleur à leurs citoyens. »
Le Maroc dispose d’une instance nationale constitutionnelle pour l’intégrité et la prévention de la corruption, ainsi que d’un arsenal légal et d’institutions de contrôle, constituant une base potentielle si elles sont utilisées de manière indépendante et efficace. Néanmoins, le maintien du score en dessous de 50 points souligne que les efforts doivent être renforcés : autonomie des institutions, contrôle effectif, protection de la société civile et des médias pour garantir la mise en œuvre réelle des réformes.
Le rapport conclut que le progrès est possible à travers le renforcement des systèmes judiciaires, le contrôle des services publics et des dépenses, la prévention de l’influence des fonds illicites sur les élections, la protection de l’espace civique et de la liberté de la presse, ainsi que la fermeture des failles légales facilitant le flux transfrontalier d’argent illicite.






