à la uneEconomie

Les réserves hydriques au Maroc : un redressement encourageant mais fragile

Le Maroc, pays aux ressources hydriques contrastées et soumis à des aléas climatiques fréquents, observe ces dernières semaines une nette amélioration de ses réserves d’eau. À la date du 19 janvier 2026, les barrages du Royaume affichent un volume global stocké de 8,017 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de 47,8 %. Cette dynamique positive, imputable aux précipitations récentes, constitue un signal encourageant dans un contexte où la gestion de l’eau demeure un enjeu stratégique et vital pour le pays. Cependant, si les chiffres reflètent un progrès significatif, ils révèlent également des disparités entre bassins, appelant à la vigilance et à une gestion prudente de la ressource.

Le redressement observé sur un an est particulièrement notable. Par rapport à janvier 2025, les réserves ont progressé de près de 70 %, représentant un gain de plus de 3,29 milliards de mètres cubes. Cette évolution traduit l’effet direct des épisodes pluvieux et neigeux sur l’ensemble du territoire, et met en lumière l’importance d’une pluviométrie régulière pour la sécurité hydrique nationale. Les bassins du Nord, et en particulier Loukkos et Sebou, se distinguent par des taux de remplissage élevés : Loukkos atteint 64,2 %, avec plusieurs barrages à pleine capacité, tandis que le Sebou, premier bassin hydraulique du pays, concentre 3,157 milliards de mètres cubes et affiche 56,8 % de remplissage. Ces niveaux illustrent la capacité de résilience du réseau hydraulique marocain dans des zones stratégiques pour l’alimentation en eau potable et l’agriculture.

Pour autant, l’optimisme doit être nuancé. Si certains bassins comme Bouregreg et Tensift frôlent la saturation, d’autres, situés dans le Sud et l’Oriental, enregistrent des niveaux encore modérés. Guir-Ziz-Rhéris atteint 57,3 % et Drâa-Oued Noun 30,5 %, tandis que l’Oum Er-Rbia et la Moulouya affichent respectivement 23,1 % et 37,9 % de remplissage. Ces disparités témoignent de la vulnérabilité de certaines régions, où la dépendance à l’égard des précipitations demeure critique. La situation dans le Souss-Massa, stabilisée à 51,9 %, démontre qu’une gestion rigoureuse et ciblée peut consolider les ressources disponibles, mais ne supprime pas les risques liés aux sécheresses locales.

Ainsi, si le franchissement du seuil des 8 milliards de mètres cubes constitue une avancée symbolique, il ne doit pas masquer la nécessité d’une gestion stratégique et préventive de l’eau. La performance récente des barrages souligne l’efficacité de la planification hydraulique et l’impact direct des conditions climatiques favorables. Toutefois, le Maroc, confronté à l’irrégularité des pluies et à la pression croissante sur ses ressources, doit poursuivre ses efforts en matière de modernisation des infrastructures, d’entretien des ouvrages et de promotion d’une utilisation rationnelle de l’eau.

En conclusion, le redressement des réserves d’eau au Maroc offre un souffle d’optimisme et renforce la sécurité hydrique à court terme. Néanmoins, les disparités entre bassins et la dépendance aux aléas climatiques imposent prudence et vigilance. La consolidation des acquis passera par une gestion équilibrée, anticipative et durable, condition indispensable pour assurer l’approvisionnement en eau des populations et le développement socio-économique du Royaume sur le long terme.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *