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La guerre des tokens..! Pourquoi le Maroc peut gagner la bataille du “mégawatt numérique”

Auteur de l’article
Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD
Conseiller indépendant du Président de la République française

On continue de parler d’intelligence artificielle comme d’une course aux modèles et aux benchmarks. Pourtant, la partie la plus décisive se joue ailleurs, dans une zone moins visible mais infiniment plus stratégique : l’inférence, c’est-à-dire la capacité à servir des réponses, à grande échelle, de façon fiable, rapide, sécurisée et économiquement soutenable.

Cette “guerre invisible” a une unité de mesure, le token. Un modèle qui consomme plus de tokens par requête consomme mécaniquement plus de calcul. Et plus de calcul, c’est plus de GPU, plus d’électricité, plus de refroidissement, plus d’interconnexion, plus d’espace data center. À la fin, ce n’est plus seulement une compétition logicielle, c’est une compétition industrielle.

Quand la performance se paie en énergie

Dans le monde réel, la performance ne se juge pas uniquement au score. Elle se juge à la capacité à tenir la charge, à maîtriser la latence, à absorber des pics d’usage, à garantir une continuité de service. Et cette continuité a un coût : le compute.

Quand certains modèles deviennent plus “carnivores” en tokens, l’équation change de nature. Les besoins en infrastructures s’accélèrent plus vite que prévu. Les chaînes d’approvisionnement en puces, la disponibilité des équipements et le rythme d’installation des capacités deviennent des facteurs de puissance au même titre que la recherche algorithmique.

En clair, l’IA bascule du discours technologique vers une réalité matérielle, le mégawatt devient stratégique.

Maroc, une fenêtre historique s’ouvre..

C’est là que le Maroc dispose d’un atout majeur, il est en capacité de transformer cette contrainte mondiale en opportunité nationale, en alignant trois leviers qui font désormais la différence, data centers, énergie, connectivité.

D’abord, le signal politique est clair. Le Maroc a affiché une ambition assumée de souveraineté et d’accélération numérique, avec des investissements et des objectifs structurants, y compris autour des infrastructures de stockage et de calcul. 

Ensuite, il y a un marqueur extrêmement fort, le projet annoncé d’un data center de grande puissance alimenté par des énergies renouvelables, conçu pour renforcer la sécurité du stockage et l’autonomie stratégique du pays. 

Enfin, la connectivité suit. Le débarquement de nouveaux câbles en Méditerranée renforce la position du Maroc comme interface crédible entre Europe et Afrique, un point décisif dès lors que l’on parle de cloud, d’IA et de services à faible latence. 

L’IA n’est plus “un produit”, c’est une chaîne de souveraineté

Ce que beaucoup découvrent aujourd’hui, c’est que l’IA n’est pas qu’un logiciel. C’est une chaîne complète, modèles, puces, data centers, énergie, réseaux, cybersécurité, gouvernance des données. Dans ce contexte, les pays qui prennent de l’avance ne sont pas seulement ceux qui publient des modèles, ce sont ceux qui construisent une architecture souveraine.

La Chine l’a compris depuis longtemps, elle pousse des champions “infrastructure” et valorise les actifs critiques. On le voit avec l’accélération autour des data centers, et avec la montée d’acteurs puces cherchant à s’intégrer aux standards logiciels dominants, au point que des opérations de “spin-off” et de cotation deviennent elles-mêmes des événements stratégiques. 

Le Maroc, lui, a une carte unique à jouer, devenir un hub de confiance où l’IA s’exécute, se sécurise, s’industrialise, et se connecte aux marchés.

Ce que le Maroc doit verrouiller maintenant..

Il ne s’agit pas de slogans. Il s’agit d’une exécution méthodique, avec quelques priorités concrètes:
1. Raisonner “MW-first”, sécuriser énergie, foncier, interconnexions, et délais de livraison des infrastructures.
2. Industrialiser le cloud souverain, clarifier les règles de localisation des données, les exigences de sécurité, les standards de conformité et les mécanismes d’audit. 
3. Accélérer la connectivité internationale, multiplier les points d’entrée, renforcer la résilience et la cyber-sécurité des liaisons. 
4. Former en masse et vite, l’IA est aussi une bataille de compétences, de maintenance, d’exploitation, de cybersécurité, d’architecture cloud, pas seulement de data science. 
5. Créer une commande publique intelligente, l’État doit tirer la filière en exigeant qualité, sécurité, souveraineté, et résultats mesurables.

Conclusion, l’IA se gagne au data center, pas au slogan

La phrase clé est simple, l’IA ne se gagne plus au benchmark, elle se gagne au mégawatt. Le Maroc a déjà enclenché des décisions structurantes. 
S’il verrouille l’exécution, la régulation et la chaîne infrastructures-compétences, il peut non seulement réussir sa transformation numérique, mais aussi capter une part de la valeur mondiale qui se déplace vers les pays capables d’offrir du compute fiable, sécurisé et compétitif.

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