Le secteur des céréales constitue l’un des piliers fondamentaux de la sécurité alimentaire au Maroc. Toutefois, il fait face à des défis structurels persistants qui contraignent le Royaume à dépendre largement des marchés internationaux pour couvrir ses besoins essentiels. Le blé tendre, le blé dur et l’orge, qui occupent une place centrale dans le régime alimentaire marocain, restent produits en quantités insuffisantes pour atteindre l’autosuffisance, malgré les efforts continus déployés pour soutenir l’agriculture et encourager la production nationale.
La faiblesse de la production locale s’explique par plusieurs facteurs, au premier rang desquels figurent les aléas climatiques, la récurrence des périodes de sécheresse et le stress hydrique, ainsi que les disparités de rendement entre les régions. Environ 80 % de la production nationale est concentrée dans seulement trois régions — Fès-Meknès, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma — tandis que les autres zones affichent des niveaux de production modestes, accentuant la dépendance du pays aux marchés mondiaux.
Cette forte dépendance aux importations expose le Maroc aux chocs extérieurs, toute fluctuation des prix internationaux se répercutant directement sur le marché intérieur et sur le pouvoir d’achat des ménages. Cette vulnérabilité s’est illustrée lors de la guerre russo-ukrainienne, période durant laquelle la facture des importations de blé a dépassé les 25 milliards de dirhams, représentant une charge financière lourde pour l’économie nationale. Parallèlement, le soutien public au blé contribue à protéger le consommateur, mais exerce une pression considérable sur le budget de l’État et pèse sur les réserves en devises.
Le système céréalier marocain se trouve ainsi confronté à un double défi : d’une part, garantir la stabilité des prix et des approvisionnements afin d’éviter une aggravation de la précarité alimentaire ; d’autre part, maîtriser le coût financier élevé lié à la dépendance aux marchés internationaux.
La fragilité de la production nationale complique davantage l’atteinte de la souveraineté alimentaire, rendant le pays particulièrement sensible aux perturbations externes, telles que les crises mondiales ou les restrictions à l’exportation imposées par les pays fournisseurs, susceptibles d’entraîner des hausses brutales des prix et de sérieux défis en matière de sécurité alimentaire.
Dans ce contexte, les options du Maroc demeurent limitées entre le recours aux importations pour préserver la stabilité sociale et le renforcement de la production locale afin d’assurer une sécurité alimentaire durable et de réduire la dépendance vis-à-vis des marchés mondiaux.
Trouver cet équilibre est désormais une nécessité stratégique, impliquant la modernisation des politiques agricoles, l’investissement dans les infrastructures d’irrigation et de production, ainsi que l’adoption de modèles innovants capables de renforcer la résilience du secteur face aux chocs extérieurs, tout en garantissant la satisfaction des besoins des citoyens sans compromettre l’équilibre de l’économie nationale.






