Le dossier des fouilles archéologiques non autorisées au Maroc s’est de nouveau imposé au cœur du débat politique, à la suite de révélations concernant un chercheur français accusé d’avoir mené des investigations de terrain et collecté des pièces archéologiques en dehors de tout cadre légal. Ces éléments ont suscité, au sein de l’institution législative, une vague d’interrogations quant à la protection du patrimoine national et au sort de milliers d’artefacts dont l’extraction de sites historiques du Royaume est aujourd’hui soupçonnée.
Dans ce contexte, la députée du groupe parlementaire du Parti de la Justice et du Développement, Naima Elfathaoui, a indiqué avoir reçu une déclaration adressée à l’opinion publique et signée par plusieurs associations et instances de la société civile, intitulée : « À propos des recherches archéologiques secrètes non autorisées et des positions hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume ».
Dans une question écrite adressée aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Culture, la parlementaire précise que ce document accuse le collectionneur français Alain Rodrigue d’avoir conduit des recherches et des fouilles archéologiques clandestines et dépourvues d’autorisation dans plusieurs sites du Maroc, notamment dans la province de Tata. Les associations signataires y voient une violation manifeste des lois nationales encadrant la protection du patrimoine culturel, ainsi qu’un manquement aux usages et conventions internationales régissant la recherche scientifique.
Selon les informations rapportées dans ce communiqué, l’intéressé mènerait, depuis plus de trois décennies, des explorations de terrain et des collectes d’objets archéologiques dans diverses régions du Royaume, s’étendant du nord du pays, notamment dans la ville de Ksar El Kébir, jusqu’à l’extrême sud dans la province d’Aousserd, et ce sans disposer des autorisations légales requises.
Les associations indiquent également que le nombre de pièces archéologiques réunies par ce collectionneur dépasserait les trente mille objets, dont le sort demeure à ce jour incertain. Parmi ces artefacts figure un vase en céramique parfaitement conservé, attribué à la période campaniforme datant d’environ 3 500 ans, ainsi que des ensembles d’outils lithiques appartenant à différentes phases de la préhistoire, allant de l’Acheuléen jusqu’au Néolithique.
Le communiqué précise par ailleurs que la seule autorisation officielle obtenue par le chercheur français lui aurait été délivrée par l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine. Cette autorisation, strictement limitée aux régions d’Oukaimeden et de Yagour dans le Haut Atlas, s’inscrivait dans le cadre de la préparation de sa thèse universitaire soutenue en 1998. Les associations affirment que toutes les recherches et fouilles qu’il aurait menées par la suite dans d’autres régions du pays auraient été réalisées en dehors de tout cadre légal.
Les signataires rappellent également qu’il avait déjà été interpellé par les services de la Gendarmerie royale le 27 mars 2016, au sud de la ville de Smara, alors qu’il se préparait à entreprendre des fouilles non autorisées sur le site de Gchiouat, relevant de la commune d’Amgala.
Selon ces organisations, la gravité de ces pratiques ne se limite pas aux seules recherches clandestines ou à la possible spoliation de pièces archéologiques. Elle s’étend également à certaines prises de position et déclarations jugées hostiles à l’intégrité territoriale du Royaume. Le chercheur est ainsi accusé d’instrumentaliser la recherche archéologique à des fins politiques orientées, susceptibles de soutenir des thèses séparatistes et de semer le doute quant à la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.
Dans ce cadre, la députée Naïma El Fathouaï a souligné que le patrimoine archéologique marocain constitue un pilier essentiel de l’identité historique et civilisationnelle du Royaume, ainsi qu’un symbole éminent de sa souveraineté. Toute atteinte à ce patrimoine en dehors des cadres légaux et institutionnels, a-t-elle affirmé, doit être considérée comme une atteinte directe à la souveraineté nationale.
La parlementaire a enfin appelé les départements gouvernementaux concernés à clarifier la véracité des informations contenues dans ce communiqué, à exposer les mesures envisagées pour mettre un terme à ces activités illégales, et à ouvrir une enquête approfondie sur le devenir des milliers de pièces archéologiques qui auraient été collectées sur le territoire national, en vue de leur restitution en tant que patrimoine national et universel.






