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Report de la Haute Commission : le rapprochement maroco-égyptien à l’épreuve

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue égyptien, Badr Abdel Aaty, avaient exprimé leur satisfaction quant à « l’évolution positive des relations maroco-égyptiennes ».

Le mois de février 2026 devait constituer une étape décisive pour consolider ce rapprochement et lui donner une traduction concrète, à travers la tenue de la réunion de la Haute Commission mixte bilatérale.

Selon des sources concordantes, cette réunion, initialement prévue au Caire à partir du mardi 10 février 2026, a finalement été reportée. Son organisation avait pourtant été annoncée officiellement par MM. Bourita et Abdel Aaty eux-mêmes lors de leur dernier entretien téléphonique.

La rencontre devait se tenir en présence du chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, et du Premier ministre égyptien, Moustafa Madbouli, ainsi que de plusieurs membres des gouvernements des deux pays.

Jusqu’au lundi 9 février 2026, des ministres marocains avaient confirmé leur participation à cette réunion, notamment Azzedine El Midaoui, ministre de l’Enseignement supérieur, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, et Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse.

Parallèlement, le Maroc a récemment décidé d’imposer des droits de douane sur les importations de plastique en provenance d’Égypte, à compter du 3 février 2026 et pour une durée de cinq ans, dans le but de protéger l’industrie nationale contre des pratiques de dumping et de garantir des conditions de concurrence équitables.

Selon une décision conjointe des ministères de l’Industrie et du Commerce, et de l’Économie et des Finances, le taux des droits appliqués aux exportations de l’entreprise Egyptian Petrochemicals Company s’élève à 74,87 %, tandis qu’il atteint 92,19 % pour les autres sociétés et exportateurs.

Cette mesure fait suite à une phase provisoire entamée en juin 2025, au cours de laquelle les autorités marocaines avaient instauré des droits temporaires pour une durée de quatre mois sur les mêmes importations. Des instructions avaient alors été données aux services douaniers pour le recouvrement des montants dus, en plus de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.

Des observateurs estiment que les relations entre Rabat et Le Caire traversent peut-être une zone de turbulences feutrées, notamment à la lumière des récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a rappelé l’intervention de l’armée égyptienne aux côtés de l’Algérie lors de la guerre des Sables en 1963 contre le Maroc.

La controverse s’est accentuée après l’accueil favorable réservé par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi à ces propos, évoquant un « héritage commun de lutte et de solidarité », une position perçue par de nombreux observateurs comme un faux pas diplomatique à l’égard du Maroc.

La guerre des Sables demeure l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire des relations maroco-algériennes. Survenue peu après l’indépendance de l’Algérie, elle s’est traduite par des affrontements militaires limités mais lourdement chargés de symboles.

L’intervention égyptienne s’inscrivait alors dans un contexte régional marqué par les clivages idéologiques des années 1960, la Égypte nassérienne soutenant des régimes et des mouvements alignés sur son orientation politique, ce qui l’avait de facto placée en opposition aux intérêts marocains dans ce conflit.

La réactivation de cet épisode historique par le président algérien, sans tenir compte de la complexité de la mémoire politique régionale, s’inscrit dans un discours récurrent visant à imposer une lecture unilatérale du différend avec le Maroc. Toutefois, pour les critiques de la position égyptienne, le principal problème réside dans la réaction du Caire, qui ne s’est pas contenté du silence, mais a choisi d’endosser un discours assimilant une intervention militaire contre le Maroc à un « combat commun ».

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