Un rapport de la Confédération marocaine des très petites, petites et moyennes entreprises révèle des chiffres alarmants, faisant état de la disparition de près de 150 000 entreprises en quatre ans, soit l’équivalent d’une faillite toutes les dix minutes. Ces données mettent en lumière une crise de confiance sans précédent dans les politiques de soutien à l’emploi et aux entreprises, plaçant le ministre Younes Sekkouri au cœur d’une vive controverse.
Selon le rapport, le tissu entrepreneurial, notamment celui des très petites entreprises, connaît une détérioration accélérée, marquée par une exclusion financière persistante, un assèchement des marchés et les limites des dispositifs d’accompagnement, incapables d’assurer les conditions minimales de pérennité.
Ces constats interviennent alors que les programmes publics sont présentés comme des leviers d’inclusion économique. Toutefois, ils n’ont pas permis d’enrayer la progression des faillites, révélant une crise structurelle affectant le socle même de l’économie nationale.
Entre 2022 et 2025, environ 150 000 entreprises ont cessé leurs activités, dont 99 % de très petites entreprises, avec une hausse significative des faillites, passées de 25 000 en 2022 à 52 000 en 2025. Cette dynamique traduit une fragilité croissante du cycle de vie entrepreneurial, alors que près de 70 % des TPE ne survivent pas au-delà de trois à cinq ans.
Le rapport met en évidence un déséquilibre majeur dans l’accès au financement : moins de 5 % des TPE bénéficient de crédits bancaires, alors qu’elles représentent 97 % du tissu entrepreneurial. Cette situation révèle une exclusion structurelle du système financier, fragilisant davantage ces acteurs économiques.
Sur le plan numérique, une autre contradiction apparaît : bien que 97 % des TPE soient connectées à Internet, près de 80 % ne disposent pas d’une véritable présence digitale, traduisant une difficulté à transformer la digitalisation en levier de croissance.
L’intégration dans les circuits économiques reste également limitée, puisque seules 15 % des TPE entretiennent des relations commerciales avec de grandes entreprises, les maintenant en marge des chaînes de valeur. À cela s’ajoute la problématique des retards de paiement, affectant plus de la moitié de ces entreprises au-delà de 90 jours, aggravant les tensions de trésorerie.
Par ailleurs, malgré un quota théorique de 20 % des marchés publics, les TPE n’en captent en réalité que 10 %, soit une perte estimée à près de 30 milliards de dirhams par an, en raison de contraintes administratives et financières inadaptées.
Le rapport décrit ainsi un « cercle vicieux de l’échec », où l’exclusion bancaire pousse les entreprises vers l’informel — qui concerne environ 41 % d’entre elles — accentuant leur marginalisation économique et les conduisant progressivement vers la faillite.
Les répercussions dépassent le cadre économique pour toucher le champ social, dans un contexte où le secteur informel absorbe 77,3 % de la population active, tandis que le taux de chômage dépasse 13 %, notamment chez les jeunes, révélant une fragilité structurelle du marché du travail.
Face à ce diagnostic, le rapport propose plusieurs pistes, dont la mise en place d’un accompagnement numérique renforcé, le développement de structures collectives facilitant l’accès au financement et aux marchés, ainsi qu’une meilleure représentation des TPE dans les instances de décision économique.
Cependant, ces recommandations mettent en évidence un écart persistant entre les objectifs affichés des politiques publiques et leur impact réel sur la durabilité des entreprises. Elles relancent le débat sur l’efficacité du modèle actuel, alors que les indicateurs révèlent un paradoxe : la création d’entreprises progresse, mais leur capacité à survivre demeure fortement compromise.
Dans ce contexte, la question dépasse le cadre technique pour interroger la responsabilité politique et la pertinence des politiques publiques, notamment face à une réalité préoccupante : comment des stratégies présentées comme des moteurs de l’emploi peuvent-elles coexister avec la disparition d’une entreprise toutes les dix minutes ?






