En politique le choix de la tribune n’est jamais anodin, il en dit souvent autant que le discours lui même et lorsque la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah Alaoui a décidé d’évoquer la situation économique du Maroc sur une chaîne de télévision française ce choix n’est pas passé inaperçu.
Dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et les turbulences sur les marchés énergétiques beaucoup de Marocains attendaient une prise de parole claire adressée directement à l’opinion publique nationale. Ils s’attendaient à voir la ministre intervenir dans les médias marocains, expliquer la situation sur les chaînes nationales ou répondre aux questions de la presse locale afin d’éclairer les citoyens sur les perspectives économiques du pays.
Mais la communication gouvernementale a emprunté une autre voie. Au lieu de s’adresser d’abord au public marocain, la ministre a choisi la chaîne française BFMTV pour livrer ses explications. Un choix qui a pu donner l’impression que les premiers destinataires du message n’étaient pas les Marocains eux-mêmes mais un public extérieur.
Cette situation soulève inévitablement des interrogations, lorsqu’une conjoncture économique incertaine se profile il est généralement attendu des responsables publics qu’ils s’adressent en priorité à leurs concitoyens à travers les médias nationaux afin de clarifier les enjeux et rassurer l’opinion.
D’autant que le Maroc ne manque pas d’espaces médiatiques capables de porter ce type de communication, entre les chaînes publiques, les radios nationales, la presse écrite et numérique, sans oublier l’Agence Maghreb Arabe Presse, les tribunes ne font pas défaut pour transmettre la parole officielle aux citoyens. Pourtant, cette fois-ci c’est une chaîne étrangère qui a servi de première plateforme d’explication.
En politique, la tribune choisie envoie toujours un signal, elle révèle souvent à qui le message est réellement destiné. Était-ce une intervention destinée aux Marocains inquiets face à l’évolution des marchés et à la hausse des prix de l’énergie ? Ou s’agissait-il plutôt d’un message adressé à des partenaires et observateurs internationaux soucieux de connaître l’état de l’économie marocaine ?
Quoi qu’il en soit le contexte actuel nourrit un sentiment d’incertitude économique. Les fluctuations des marchés mondiaux, la hausse des coûts énergétiques et l’instabilité régionale alimentent les interrogations des citoyens sur leur pouvoir d’achat et sur l’avenir économique du pays.
Dans un tel climat l’opinion publique attend avant tout de la clarté et des explications directement adressées aux Marocains. Car si la communication publique ne s’adresse pas d’abord aux citoyens elle risque de laisser l’impression que le dialogue avec eux passe par d’autres capitales.
Et dans ce cas, la question ne porte plus seulement sur le contenu du message… mais sur son véritable destinataire.






