Avec un titre volontairement provocateur, « Ne faites plus d’études : Apprendre autrement à l’ère de l’IA » signé par Laurent Alexandre et Olivier Babeau, s’impose comme l’un des livres les plus commentés sur l’avenir de l’éducation face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Publié aux éditions Buchet-Chastel, l’ouvrage ne prône pas l’abandon du savoir, mais invite à une remise en question profonde du modèle éducatif hérité du XXᵉ siècle.
Dès les premières pages, les auteurs posent un constat sans détour : le système scolaire et universitaire continue de fonctionner selon des logiques lentes et standardisées, alors que le monde du travail évolue à une vitesse inédite. L’intelligence artificielle, capable d’automatiser un nombre croissant de tâches cognitives, fragilise la valeur protectrice du diplôme et remet en cause l’idée selon laquelle de longues études constitueraient, à elles seules, un passeport vers l’emploi.
L’un des axes centraux du livre réside dans la critique du parcours linéaire « études puis carrière ». Selon Laurent Alexandre et Olivier Babeau, cette séquence, longtemps dominante, ne correspond plus à une économie où les compétences deviennent rapidement obsolètes. Les auteurs soulignent que l’apprentissage ne peut plus être concentré dans une période limitée de la vie, mais doit s’inscrire dans une logique de formation continue, adaptative et individualisée.
L’essai met en garde contre une illusion persistante : celle d’une accumulation de connaissances théoriques censée garantir une stabilité professionnelle. À l’ère de l’IA, expliquent-ils, l’enjeu ne réside plus dans l’accès à l’information -devenue abondante- mais dans la capacité à la comprendre, à l’interpréter et à la mobiliser avec discernement.
Les auteurs accordent une attention particulière aux jeunes générations, premières concernées par ces transformations. Ils observent que les tâches d’entrée de carrière, traditionnellement confiées aux débutants pour apprendre un métier, figurent parmi les plus automatisables. Cette évolution pose une question cruciale : comment former les experts de demain si les étapes intermédiaires disparaissent ?
Pour Alexandre et Babeau, cette situation impose de repenser les modes d’acquisition de l’expérience, en valorisant davantage l’autonomie, l’expérimentation et la responsabilité précoce, plutôt que la seule validation académique.
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son titre, Ne faites plus d’études ne défend pas une rupture avec l’apprentissage, mais un changement de nature. Les auteurs plaident pour le développement de compétences jugées moins vulnérables à l’automatisation : l’esprit critique, la créativité, la capacité d’adaptation, l’effort intellectuel et le raisonnement complexe.
L’intelligence artificielle est présentée comme un outil ambivalent : elle peut devenir un puissant levier d’apprentissage personnalisé, à condition de ne pas se substituer à l’effort humain. Le risque, avertissent-ils, serait de transformer l’IA en béquille cognitive, au détriment de la construction intellectuelle individuelle.
L’ouvrage appelle enfin à une évolution du rôle des enseignants. Dans un contexte où les outils numériques peuvent assurer une partie de la transmission des savoirs, le professeur serait appelé à devenir davantage un accompagnateur, un guide méthodologique et intellectuel, capable de donner du sens aux apprentissages et de former des esprits autonomes.
Essai de prospective autant que texte de débat public, Ne faites plus d’études s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir des sociétés face à l’intelligence artificielle. En bousculant les certitudes autour du diplôme et du système éducatif, Laurent Alexandre et Olivier Babeau ouvrent un questionnement essentiel : non pas faut-il encore apprendre, mais comment apprendre dans un monde où la machine sait déjà tant.






