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Le Pakistan ajuste sa position sur le Sahara et renforce son partenariat stratégique avec le Maroc

Conformément aux Hautes Instructions Royales, le ministre délégué auprès du Chef du gouvernement, chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi, a reçu, mardi, Muhammad Asif Khawaja, ministre fédéral de la Défense de la République islamique du Pakistan, en visite officielle au Maroc à la tête d’une délégation de haut niveau.

Un communiqué de l’Administration de la Défense nationale précise que cette visite s’inscrit dans le cadre du renforcement et de la diversification de la coopération bilatérale entre le Royaume du Maroc et la République islamique du Pakistan. Elle a été marquée par la signature d’un mémorandum d’entente dans le domaine de la défense, en présence du Général de corps d’armée Mohammed Berrid, Inspecteur général des Forces Armées Royales et Commandant la Zone Sud, ainsi que de l’Ambassadeur du Pakistan à Rabat.

Le mémorandum couvre plusieurs axes de coopération, notamment les domaines de la formation, de l’entraînement et des exercices militaires, la cybersécurité, les industries de défense, la santé militaire, ainsi que l’échange d’expériences et d’expertises dans d’autres secteurs d’intérêt commun.

Ces dernières années, les relations maroco-pakistanaises ont connu un intérêt croissant pour la coopération industrielle dans le secteur militaire, en particulier dans le domaine des industries aéronautiques.

Plusieurs indicateurs témoignent d’une orientation affirmée de Rabat et d’Islamabad vers l’établissement d’un partenariat bilatéral dans l’aviation militaire, ouvrant la voie à des investissements conjoints et à des transferts technologiques, dans le cadre d’une approche fondée sur le principe du « gagnant-gagnant ».

Au cours des deux dernières décennies, le Pakistan est parvenu à développer une expertise significative dans la fabrication d’aéronefs militaires, grâce notamment à son partenariat stratégique avec la Chine pour la mise au point du chasseur JF-17 Thunder.

Ce programme a permis à l’industrie aéronautique pakistanaise de concevoir et de produire des systèmes d’armement compatibles, incluant des missiles air-air et air-sol, ainsi que des bombes guidées à longue portée. Cette expérience confère aujourd’hui à Islamabad une position concurrentielle notable sur le marché international de l’armement, en particulier dans le segment intermédiaire des avions de combat.

De son côté, le Maroc dispose depuis plusieurs années d’une base industrielle aéronautique civile solide, fruit de l’implantation de grands groupes internationaux opérant dans le secteur aérien.

Ce socle industriel constitue un point d’appui stratégique pour une extension progressive vers les industries de défense, d’autant plus que la demande mondiale pour des systèmes d’armement à coût maîtrisé et à maintenance simplifiée ne cesse de croître — une catégorie dans laquelle s’inscrit le chasseur sino-pakistanais JF-17.

Des sources issues de la presse militaire pakistanaise évoquent, à cet égard, une volonté marocaine d’ouvrir des canaux de coopération avec Islamabad, non seulement pour répondre aux besoins des Forces Royales Air, mais également pour accéder aux marchés africains, ainsi qu’aux marchés d’Amérique du Sud, avec lesquels le Maroc entretient des accords commerciaux structurants.

Le transfert de technologies liées aux avions de combat et à leurs systèmes d’armement pourrait encourager Rabat à envisager l’acquisition du JF-17, offrant ainsi aux Forces Royales Air la possibilité de diversifier leurs sources d’approvisionnement, au-delà de la dépendance exclusive au modèle occidental traditionnel.

Une telle orientation ouvrirait la voie à une architecture aérienne à double composante : occidentale, à travers les F-16, et asiatique, via le JF-17. Cette diversification renforcerait la flexibilité opérationnelle, tout en assurant une plus grande autonomie en matière de maintenance et de soutien technique.

Par ailleurs, ce choix stratégique permettrait au Maroc d’entrer progressivement dans le secteur des industries aéronautiques militaires, notamment dans les domaines des munitions guidées et des capacités air-sol, un segment hautement stratégique et en forte expansion à l’échelle mondiale.

Le Pakistan constitue également une porte d’entrée privilégiée pour les industries militaires chinoises, appelées à occuper une place croissante sur les marchés internationaux au cours des prochaines décennies. L’accélération du développement des systèmes d’armement chinois, en particulier dans le domaine aérien, suscite un intérêt accru pour les plateformes sino-pakistanaises, réputées pour leur rapport coût-efficacité compétitif.

Dans cette perspective, l’intégration du Maroc à ce pôle technologique pourrait renforcer la durabilité de ses capacités de défense, en s’appuyant sur une logique de pluralité des sources et de protection des choix stratégiques face aux pressions géopolitiques.

Des analystes estiment que le renforcement de la coopération militaire pourrait contribuer à resserrer davantage les liens entre Rabat et Islamabad, notamment après la récente abstention du Pakistan lors d’un vote au Conseil de sécurité des Nations unies relatif au plan d’autonomie présenté par le Maroc pour le règlement du différend autour du Sahara.

Si Rabat n’a pas interprété cette position comme hostile à sa cause nationale, plusieurs observateurs considèrent toutefois que le Pakistan s’oriente vers une révision progressive de sa posture officielle, cherchant à consolider ses relations avec le Maroc à travers un partenariat militaire renforcé. Selon certaines sources, Islamabad procéderait actuellement à une réévaluation de sa position vis-à-vis de l’initiative marocaine d’autonomie, dans un contexte régional et international en pleine recomposition.

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