Le Canada se tourne de plus en plus vers le Maroc afin de sécuriser ses approvisionnements en engrais phosphatés. Dans cette optique, Ottawa travaille au développement d’un corridor logistique dédié entre l’Afrique du Nord et les Prairies canadiennes, destiné à réduire la dépendance aux importations américaines et à offrir une alternative plus stable face aux aléas climatiques et aux tensions géopolitiques.
Ce nouveau circuit commercial repose notamment sur la création du terminal maritime Odyssey, une installation spécialisée située au port de Johnstown Port, dans la province d’Ontario, le long de la voie maritime du Saint Lawrence Seaway. Le projet est piloté par la société canadienne V6 Agronomy et vise à sécuriser l’approvisionnement en engrais pour les agriculteurs de l’ouest canadien tout en diversifiant les sources d’importation.
Fondée en 2012, V6 Agronomy opère déjà dans la province de Saskatchewan via un terminal intérieur à Wilcox. L’entreprise développe désormais une nouvelle plateforme maritime susceptible de transformer la logistique des engrais au Canada.
Le port de Johnstown, construit dans les années 1930 et appartenant à la municipalité d’Edwardsburgh Cardinal, deviendra le centre névralgique de ce nouveau corridor commercial.
Le projet sera mis en œuvre en trois phases :
Phase 1 (2026) : construction d’un entrepôt d’une capacité de 20 000 tonnes, capable d’accueillir des navires vraquiers de type Handysize, ainsi que d’infrastructures permettant de charger 14 wagons ferroviaires par jour à destination de l’ouest canadien.
Phase 2 (2027-2028) : ajout de 50 000 tonnes de capacité de stockage, afin de permettre le chargement des trains durant la période hivernale.
Phase 3 (2029) : construction d’un terminal destiné à l’exportation de potasse, nécessitant des investissements importants.
Les études d’ingénierie de la première phase sont déjà achevées, et les travaux devraient débuter en avril 2026 pour une livraison prévue en juillet 2026.
En novembre 2025, le navire cargo Federal Montreal est devenu le premier bâtiment à accoster dans ce port avec une cargaison d’engrais depuis près de trois décennies.
Selon le directeur général de V6 Agronomy, Ryan Brophy, la réactivation de cette route commerciale vise à créer « un corridor fiable, efficace et compétitif reliant les agriculteurs des Prairies aux marchés de l’Est et du reste du monde ».
Ce corridor permettra notamment :
l’importation d’engrais (phosphates, engrais à haute efficacité et produits spécialisés) ;
l’exportation de produits agricoles tels que le blé dur, le canola, le lin, les légumineuses, la potasse et le soufre.
Les wagons de retour transporteront ces marchandises vers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie.
Actuellement, près de 85 % du phosphate utilisé au Canada provient des États-Unis, acheminé via le fleuve Mississippi River par barges depuis New Orleans.
La stratégie de V6 Agronomy vise précisément à réduire cette dépendance en se tournant vers l’Afrique du Nord, en particulier vers le Maroc. L’objectif est d’importer 480 000 tonnes de phosphate non américain par an d’ici 2029-2030.
Cette diversification permettra de limiter les risques liés à plusieurs facteurs :
les variations du niveau des eaux du Mississippi, les ouragans susceptibles de perturber la production en Floride, ainsi que les congestions logistiques aux États-Unis.
Par ailleurs, l’entreprise prévoit également d’importer en vrac son engrais composé « Eleven Superstart », auparavant acheminé en conteneurs depuis l’Union européenne et l’Afrique du Nord.
Les engrais seront ensuite distribués vers plusieurs points de déchargement dans les provinces d’Alberta, de Saskatchewan et du Manitoba, renforçant ainsi la sécurité d’approvisionnement dans une région où la demande en phosphate est particulièrement élevée.
La nouvelle infrastructure permettra également à V6 Agronomy de continuer à fournir directement ses produits aux agriculteurs, consolidant ainsi sa présence dans le secteur agricole canadien.






