Les enseignants du préscolaire au Maroc ont annoncé le boycott de plusieurs missions et programmes administratifs non pédagogiques, en signe de protestation contre ce qu’ils qualifient de « situation dramatique persistante » que vivent les travailleurs du secteur, marquée selon eux par la précarité et la remise en cause de leurs droits sociaux et professionnels.
Dans un communiqué, la Coordination nationale des enseignants du préscolaire au Maroc explique que cette décision s’inscrit dans le refus de ce qu’elle décrit comme « l’enracinement de la précarité et l’atteinte aux droits sociaux et professionnels les plus élémentaires ». La coordination précise que le boycott concernera plusieurs tâches considérées par les enseignants comme ne relevant pas de leurs missions pédagogiques.
Selon le communiqué, cette action inclura notamment le boycott des activités des « portes ouvertes », des programmes relatifs à la « santé et au bien-être de l’enfant » ainsi que de la « parentalité éducative ». Les enseignants ont également annoncé le boycott des formations liées à la plateforme Coursera.
Le mouvement de protestation comprend également le boycott de l’inventaire des équipements, des opérations liées à la plateforme « S », ainsi que l’arrêt de l’envoi de photos et de vidéos via les groupes WhatsApp et l’enregistrement des présences et absences par ce biais.
Les enseignants prévoient en outre de cesser l’utilisation de l’application « Najah » pour enregistrer les entrées et sorties ou transmettre les rapports quotidiens, ainsi qu’un boycott général du système Massar au début de l’année scolaire. Ils annoncent également le boycott numérique de la plateforme SurveyCTO tout en conservant uniquement les versions papier.
La coordination a par ailleurs critiqué la poursuite de la délégation de la gestion du secteur de la petite enfance et du préscolaire à des associations telles que Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire, Fondation Zakoura et la Fédération marocaine de l’éducation et de l’enseignement, ainsi qu’à diverses associations locales. Selon elle, ce modèle aurait transformé le secteur en un espace « d’accumulation de profits et de passation de marchés », dans un contexte marqué par l’absence de transparence et de mécanismes de reddition des comptes.
Le communiqué tient également le ministère de tutelle pour responsable de ce qu’il qualifie de « délégation injustifiée d’un secteur stratégique touchant à l’enfance marocaine », évoquant des dysfonctionnements liés au manque de contrôle et à la tolérance de pratiques portant atteinte « à la dignité de l’enseignant et à ses droits fondamentaux ».
La coordination, qui regroupe trois syndicats affiliés à l’Union marocaine du travail, à la Confédération démocratique du travail et à la Fédération nationale de l’enseignement – tendance démocratique, a également dénoncé plusieurs problèmes auxquels sont confrontés les enseignants.
Parmi ceux-ci figurent notamment les retards répétés dans le paiement des salaires par certaines associations employeuses, en particulier la Fondation Zakoura et la Fédération marocaine de l’éducation et de l’enseignement préscolaire, ce que la coordination considère comme « une violation flagrante des engagements contractuels ».
Le communiqué mentionne également le non-paiement des indemnités liées aux formations par certaines structures, ainsi que l’absence d’application de l’augmentation de 5 % du salaire minimum dans certains cas et le non-versement des primes d’ancienneté.
Les enseignants dénoncent aussi l’imposition de tâches supplémentaires non pédagogiques qui alourdissent leur charge de travail, ainsi que l’organisation de formations jugées « formelles et dépourvues de contenu », sans compensation financière ni réelle valeur pédagogique.
Ils regrettent par ailleurs le manque d’accès aux services sociaux les plus élémentaires, notamment l’absence de bénéfice effectif de la carte Mohammed VI destinée aux travailleurs du secteur de l’éducation.
La coordination nationale des enseignants du préscolaire réaffirme son attachement à plusieurs revendications, dont l’intégration immédiate dans la fonction publique au même titre que les autres enseignants, l’abandon du système d’intermédiation et de gestion déléguée, ainsi que la garantie de l’ensemble des droits sociaux et sanitaires.
Elle souligne enfin que « la dignité des enseignants du préscolaire est une ligne rouge » et affirme sa détermination à poursuivre la mobilisation jusqu’à la satisfaction de ses revendications.
Pour rappel, les enseignants du préscolaire avaient déjà organisé en décembre dernier une importante marche de protestation à Rabat afin de réclamer leur intégration dans la fonction publique, une augmentation des salaires et l’amélioration de leurs conditions professionnelles et sociales.
La marche avait démarré devant le siège du Ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports du Maroc pour rejoindre l’avenue Avenue Mohammed V, où des centaines d’enseignants avaient dénoncé ce qu’ils qualifient d’« exploitation et d’instabilité professionnelle ».
Les manifestants ont scandé des slogans appelant au départ du ministre de l’Éducation nationale Mohamed Saad Berrada et du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, tout en affirmant leur volonté d’intensifier la mobilisation jusqu’à l’aboutissement de leurs revendications.






