Par Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD. Expert en aéronautique et en aviation civile internationale
L’aviation civile entame 2026 avec un paradoxe installé, une demande robuste, mais une offre et une performance réseau limitées par des fragilités cumulées. Les premiers jours de janvier l’ont montré : résilience ATC, capacité hivernale, disponibilité flotte (moteurs/MRO), stabilité industrielle (qualité–cadence) et gestion dynamique des risques géopolitiques.
Encadré — Chiffres clés vérifiés (6 janv. 2026)
• Grèce (4 jan.) : perturbation majeure des communications ATC, reprise progressive ; pas d’indice de cyberattaque à ce stade selon les autorités.
• Paris-CDG/Orly (5 jan.) : -15% de vols demandés par la DGAC (jusqu’à 20:00 CET CDG / 23:30 CET Orly).
• Amsterdam-Schiphol (5 jan.) : 450 vols annulés (neige/verglas).
• KLM (6 jan.) : ~300 vols supplémentaires annulés à/depuis Schiphol.
• Airbus (2025) : 793 livraisons selon sources industrielles ; chiffres audités attendus 12 jan. 2026.
• A320 : inspections EASA sur panneaux de fuselage (périmètre AD : 177 en flotte / 451 en production).
• Boeing 737 MAX : la FAA autorise 42 avions/mois.
• GTF : 835 avions “en stockage” fin oct. 2025 (données Cirium analysées).
• Venezuela : publication d’un CZIB EASA après événements du 3 jan. 2026.
Lecture d’expert, ce que révèle la séquence.
1) ATC : la continuité redevient un enjeu système. L’incident grec rappelle que la robustesse ne dépend pas uniquement du “système nominal”, mais de la capacité à basculer proprement en mode dégradé (redondances, procédures, coordination).
2) Météo : le coût principal est le “recovery time”. Paris et Amsterdam illustrent la mécanique : la météo déclenche le choc, mais le coût se joue dans la re-synchronisation des rotations et des équipages sur 24–72 heures.
3) Industrie : cadence = crédibilité qualité. Les livraisons Airbus et la remontée MAX sous oversight FAA montrent que la capacité mondiale dépend d’une production stable, mais désormais adossée à une logique de conformité et de surveillance continue.
4) Moteurs/MRO : le goulot 2026. La disponibilité flotte, en particulier sur les moteurs GTF, restera l’un des déterminants majeurs de l’offre (annulations, affrètements, coûts, OTP).
5) Géopolitique : la gestion “routes & risk” devient standard. Les bulletins “conflict zones” imposent une discipline de décision, de traçabilité et de veille quasi quotidienne.
Encadré, Rappel réglementaire (OACI/ICAO & régulateurs)
• OACI — Annexe 19 (Safety Management) : Amendement 2 adopté en juin 2025, effectif nov. 2025 et applicable le 26 nov. 2026 ; renforcement/extension des exigences SMS/SSP et de l’exploitation des données de sécurité.
• OACI — Annexe 6 (Exploitation des aéronefs) : obligation d’un SMS adapté à l’opérateur, articulé avec le SSP de l’État ; référence méthodologique courante : SMM Doc 9859.
• EASA / FAA : mise en œuvre via Airworthiness Directives (AD), surveillance renforcée, et exigences de conformité/traçabilité (ex. inspections A320, supervision cadence MAX).
Recommandations (pragmatiques, orientées décideurs)
1. ANSP/ATC : tests “failover” réguliers (voix/données/énergie) + exercices obligatoires de mode dégradé.
2. Aéroports : doctrine “Winter Capacity” centrée sur le retour à la normale (staffing, dégivrage, coordination ATFM).
3. Compagnies : buffers planifiés (spare ratio, équipages), options de substitution (wet lease) et rebooking automatisé.
4. Constructeurs/MRO/motoristes : calendriers prévisibles de campagnes de conformité (slots, pièces, documentation) pour réduire l’immobilisation “surprise”.
5. Risk management : cellule “conflict zones” intégrée au dispatch, avec traçabilité et revues quotidiennes en période de tension.






