Le nom du Maroc apparaît dans le cadre d’une vaste enquête menée par la gendarmerie française sur le dossier complexe impliquant Jacques Loufogle, 79 ans, suspecté d’être à l’origine d’une série d’agressions sexuelles sur mineurs s’étalant sur plusieurs décennies et plusieurs pays.
Les autorités judiciaires françaises suivent cette affaire depuis février 2024, date à laquelle le principal mis en cause a été arrêté après la remise de cinq clés USB par un membre de sa famille, son neveu, à la gendarmerie de Vizille, dans le département de l’Isère. Ces supports numériques contenaient un impressionnant archivage de quinze dossiers électroniques comprenant journaux intimes détaillés, documents visuels et écrits dans lesquels Loufogle reconnaît des actes d’agression sexuelle et de meurtres.
Selon le parquet de Grenoble, le suspect y aurait consigné des confessions concernant 89 victimes, âgées de 13 à 17 ans, sur une période allant de 1967 à 2022. Il est poursuivi pour viols et agressions sexuelles aggravées sur mineurs, des infractions considérées comme particulièrement graves au regard de l’âge des victimes et du contexte d’autorité ou de confiance présumée, notamment lors de camps pour jeunes ou de cours non certifiés qu’il aurait dispensés. Les documents saisis détaillent des pratiques sexuelles classées par le droit français comme viols ou agressions sexuelles aggravées sur mineurs.
L’enquête a révélé que les faits présumés ne se limitaient pas au territoire français. Des indices font état d’incidents dans neuf à dix autres pays, dont la Nouvelle-Calédonie, l’Allemagne, la Suisse, les Philippines, l’Inde, la Colombie, le Portugal, ainsi que l’Algérie, le Niger et le Maroc. Cette dimension internationale soulève des défis juridiques importants en termes de compétence judiciaire, de prescription et de coopération transfrontalière entre autorités policières.
En ce qui concerne le Maroc, les archives évoquent une résidence de Loufogle à Khénifra, où il était connu dans certains cercles locaux sous le nom de « Mister Jacques ». À ce jour, les autorités marocaines n’ont pas confirmé de plaintes officielles dans ce dossier, mais le parquet français a indiqué que des victimes marocaines figuraient dans l’archivage. Certaines allégations datent d’après 1993, ce qui pourrait les rendre non prescrites selon les récentes réformes françaises sur les crimes sexuels contre mineurs. L’exécution de commissions rogatoires ou la coopération bilatérale dépendra de l’avancement de l’enquête et de l’identification des victimes potentielles.
À ce stade, les enquêteurs ont pu identifier 40 victimes potentielles sur les 89 noms mentionnés et ont entendu près de 150 personnes, entre victimes présumées, témoins et individus cités dans les documents. Plusieurs victimes ont déposé plainte, tandis que d’autres n’ont pas encore engagé de procédure. Le parquet a lancé un appel à toute personne susceptible d’être concernée à contacter l’unité d’enquête spécialisée afin d’élargir le champ des vérifications.
Le dossier comporte également des confessions relatives à deux meurtres. Le suspect reconnaît avoir tué sa mère en 1974 à Maison-Lafitte par étouffement, prétendant l’avoir fait par « compassion » face à son cancer. Il indique également avoir tué sa tante en 1992 en Suisse, âgée de 92 ans, également par strangulation pendant son sommeil. Ces déclarations font l’objet d’investigations distinctes afin de vérifier leur authenticité, compte tenu de la distance temporelle.
Le procureur de Grenoble a qualifié l’affaire d’« exceptionnelle » par l’ampleur des archives et la nature des aveux, soulignant que l’enquête se déroule avec méthodologie pour vérifier chaque fait, en distinguant les éléments avérés de ceux susceptibles d’exagération ou de falsification partielle. Ce dossier suscite un large débat en France et à l’international sur la protection des mineurs, la prescription des crimes sexuels et les difficultés de poursuite des infractions transfrontalières anciennes.
L’enquête se poursuit, et le verdict final dépendra des conclusions de la procédure judiciaire et des décisions des autorités compétentes.






