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Sahara : visite non annoncée de Bourita à Nouakchott, quatre lectures possibles

À un moment particulièrement sensible, quelques jours seulement après l’entrée de la MINURSO en phase de liquidation, des médias mauritaniens ont rapporté que le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a effectué une visite non annoncée à Nouakchott, le vendredi 6 novembre 2026. Il y a été reçu par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au palais présidentiel, avant de repartir le soir même depuis l’aéroport international de Nouakchott à bord d’un avion privé.
Selon des médias mauritaniens, citant des sources qu’ils qualifient de privées, la visite visait à mener des entretiens avec des responsables mauritaniens « à la suite des derniers développements dans la région, en particulier dans le dossier du différend sur le Sahara occidental ».
Aucun communiqué officiel n’a toutefois été publié par le Maroc ou la Mauritanie sur le contenu ou les résultats de cette rencontre. Les noms des membres de la délégation ou des responsables présents n’ont pas non plus été dévoilés, ce qui laisse la porte ouverte à plusieurs lectures.
Le contexte : un vide après 35 ans de surveillance
Cette visite intervient un jour après l’annonce officielle par l’ONU de la fin du mandat de la MINURSO le 31 octobre 2026 et de son entrée en phase de liquidation à compter du 1er novembre, à la suite de l’échec du Conseil de sécurité à renouveler son mandat : la Russie a opposé son veto au projet américain, et le projet russe n’a pas recueilli assez de voix. Le projet américain avait reçu l’appui de 11 membres, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, avant d’être bloqué par la Russie, signe d’une acceptation élargie de l’approche de l’autonomie sous souveraineté marocaine.
Dans ce contexte, la Mauritanie s’impose comme un acteur régional incontournable : elle partage une longue frontière avec le territoire, entretient des relations avec le Maroc, l’Algérie et le Front Polisario, et surplombe le passage stratégique de Guerguerat. Nouakchott a récemment réaffirmé son attachement à une politique de « neutralité positive totale », assurant vouloir être « une partie de la solution et non une partie du problème ».
Scénarios d’analyse
Le premier scénario porte sur une possible coordination sécuritaire face au vide qui se profile. Avec le départ de la MINURSO, disparaît le mécanisme international qui surveillait le cessez-le-feu depuis 1991. Des rapports ont indiqué que les autorités mauritaniennes ont mis en garde les populations nomades et les éleveurs des zones frontalières, leur demandant de s’éloigner des lignes de frontière et des zones ambiguës.
Ce scénario suggère que M. Bourita aurait cherché à obtenir des garanties mauritaniennes pour que toute tension sécuritaire dans les zones orientales ne se transforme pas en menace pour la stabilité à la frontière, et à assurer une coordination sur le terrain empêchant tout incident qui pourrait être exploité pour une escalade militaire.
Le deuxième scénario tient à une possible tentative de rapprochement diplomatique avec Nouakchott. Il est jugé tout à fait improbable, mais ses partisans estiment que Rabat sait que la Mauritanie, de par sa position et ses relations, pourrait jouer un rôle dans les futurs arrangements régionaux. Après le vote du Conseil de sécurité, qui a montré que 11 membres soutiennent l’approche américano-marocaine, Rabat pourrait chercher à convertir cet élan en pression diplomatique sur Nouakchott pour qu’elle précise sa position, sans lui demander d’abandonner publiquement sa « neutralité ».
Mais la Mauritanie, qui reconnaît le Polisario et accueille une représentation de celui-ci sur son sol, ne changera vraisemblablement pas rapidement de position officielle, ce qui limite l’impact concret de ce scénario.
Le troisième scénario se concentre sur la question du tracé des frontières et des garanties juridiques. Une dimension a reçu peu d’attention : la délimitation. Selon le rapport du secrétaire général de l’ONU d’octobre 2026, la Mauritanie a soulevé, lors des discussions de Madrid, la nécessité de créer une commission chargée de clarifier les frontières internationales définitives du territoire disputé, sur la base d’un consensus entre les parties concernées.
M. Bourita pourrait avoir apporté des réponses marocaines préliminaires sur ce dossier, ou au moins des garanties de ne pas porter atteinte au statut juridique de la zone de Lagouira et des frontières terrestres et maritimes, des questions qui touchent directement à la souveraineté mauritanienne.
En revanche, selon des observateurs, un quatrième scénario est celui d’une visite « non confirmée » dès l’origine, car le terrain n’est pas exempt de doutes. Certaines sources ont indiqué que l’information n’a laissé aucune trace dans les médias officiels mauritaniens, et que les titres mauritaniens cités n’ont en réalité jamais publié l’information qui circule, ce qui soulève des questions sur l’origine du récit.
Des sources proches du ministère mauritanien des Affaires étrangères ont aussi démenti la réalité de la visite, affirmant qu’un tel déplacement serait lié à une mission officielle annoncée porteuse d’un message royal, ce qui ne s’est pas produit.
Si ce scénario se vérifie, la visite pourrait n’être qu’une fuite médiatique visant à tester les réactions ou à créer l’impression d’un mouvement diplomatique qui n’a pas eu lieu.
Une petite visite pour un grand moment
Quel que soit le scénario le plus proche de la réalité, le calendrier de cette visite, si elle est confirmée, porte un message clair : la phase post-MINURSO ne sera pas gérée seulement depuis New York ou Genève, mais aussi depuis les capitales voisines. La Mauritanie, de par sa géographie et sa neutralité affichée, demeure un point d’appui qu’aucun arrangement régional à venir ne pourra contourner.
Mais Nouakchott, qui a fondé sa politique sur la « neutralité positive » depuis des décennies, n’est pas disposée à un alignement complet, tant qu’elle n’obtient pas de garanties touchant à sa sécurité, à sa souveraineté et à ses frontières.
Entre les ambitions de Rabat et les calculs de Nouakchott, cette visite éclair pourrait n’être que le premier épisode d’un processus de négociation plus long et plus complexe.

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