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Déchets nucléaires : Alger accuse Paris de refuser de remettre les cartes des sites

Le ministère algérien de la Défense a accusé le gouvernement français de refuser de remettre à l’Algérie les cartes relatives aux déchets nucléaires enterrés dans la zone des essais nucléaires des régions d’Adrar et de Tamanrasset, dans le sud du pays. Ces cartes permettraient de décontaminer ces zones des déchets et des radiations, dont les effets environnementaux et sanitaires persistent à ce jour, selon un communiqué du ministère.
Le communiqué, publié ce dimanche à l’occasion de l’anniversaire du déclenchement de la Révolution de libération, le 1er novembre 1954, souligne « l’esquive de la partie française, qui se dérobe à sa responsabilité pénale et refuse de fournir les registres et les cartes des sites d’enfouissement de ces déchets nucléaires, qui continuent d’entraver le développement à In Ekker (Tamanrasset) et à Reggane (wilaya d’Adrar) ». Et ce, malgré une série de demandes de ces cartes et documents adressées par l’Algérie par les canaux officiels et lors de rencontres directes entre les responsables militaires des deux pays.
Le communiqué rappelle une demande officielle et directe formulée par le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Saïd Chengriha, lors de sa réunion à Alger en avril 2021 avec le chef d’état-major des armées françaises, le général d’armée François Lecointre. Il lui demandait de « fournir à l’Algérie les cartes topographiques, afin de nous permettre de localiser les zones d’enfouissement des déchets contaminés, radioactifs ou chimiques, non découvertes à ce jour ». Il n’a reçu aucune réponse de la partie française, qui, plus de six décennies après ces explosions, refuse toujours de divulguer des cartes précises indiquant l’emplacement exact des déchets nucléaires, et les considère comme un secret de défense nationale et de sécurité.
Le communiqué indique que, face à cette esquive française, l’Algérie « entend poursuivre les opérations de décontamination des anciens sites des essais nucléaires français dans le sud du pays ». Il précise que la journée a vu le lancement de « la deuxième opération de décontamination des déchets radioactifs du site du tunnel d’essais Béryl 2, à In Ekker (Tamanrasset), dans la sixième Région militaire, avec des compétences et des moyens nationaux ». Selon le communiqué, cette opération, supervisée par le ministère de la Défense nationale en coordination avec l’Agence nationale pour la réhabilitation des anciens sites des essais et explosions nucléaires français dans le Sud algérien, conformément aux normes nationales et internationales en vigueur, « se poursuivra jusqu’à la décontamination totale des déchets nucléaires laissés par le colonisateur français dans notre grand Sud, et leur réhabilitation future ».
Dans ce contexte, le ministère a qualifié l’opération de « complexe », tout en affirmant que l’Algérie a mobilisé tous les moyens matériels et humains pour la mener à bien. Il a précisé qu’elle « constitue un véritable défi pour les compétences nationales, qui veilleront à sa réussite dans le strict respect de toutes les conditions de sécurité, des protocoles et des normes internationales relatives à la délimitation des zones radioactives, à la collecte des déchets nucléaires et à leur stockage dans des conteneurs en béton dédiés à cet effet ».
En février 2024, quinze organisations internationales engagées contre les essais nucléaires et pour le désarmement nucléaire ont tenu l’État français responsable de « trouver et prendre des mesures urgentes pour remédier à la catastrophe continue causée par les essais nucléaires qu’il a menés dans le désert algérien il y a six décennies », soulignant que leurs effets radiologiques persistent.
En novembre de la même année, trois rapporteurs de l’ONU, à savoir le rapporteur spécial sur les droits de l’homme et les déchets dangereux, Marcos Orellana, le rapporteur spécial sur la promotion de la vérité et de la justice, Fabián Salvioli, et l’experte indépendante sur les droits des personnes âgées, Claudia Mahler, ont demandé au gouvernement français de divulguer les données sur les explosions nucléaires en Algérie et d’assumer ses responsabilités quant au nettoyage des zones touchées.
En 2021, le gouvernement algérien a créé une agence gouvernementale chargée de la réhabilitation des anciens sites d’essais et d’explosions nucléaires français dans le sud de l’Algérie. Mais depuis sa création, celle-ci n’a publié aucun rapport ni aucune donnée sur le dossier, ses résultats ou les plans suivis. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait demandé, dans un discours prononcé devant les deux chambres du Parlement en décembre 2024, « le nettoyage des déchets nucléaires sur les sites des essais dans notre désert », soulignant que « le colonialisme (français), lorsqu’il est devenu une puissance nucléaire, a laissé en Algérie les maladies causées par ses essais nucléaires, et nos habitants du Sud en souffrent encore aujourd’hui ». S’adressant au gouvernement français, il avait déclaré : « Ne nous donnez pas d’argent, mais venez nettoyer les saletés que vous avez laissées. »
La France a mené 16 essais nucléaires dans le désert algérien à partir du 13 février 1960, précisément à Reggane et à In Ekker, dans le sud de l’Algérie. La puissance de la première explosion nucléaire se situait entre 60 et 70 kilotonnes (environ quatre fois celle de la bombe d’Hiroshima). L’explosion a été filmée et enregistrée, puis transmise immédiatement de Reggane à Paris pour être diffusée au journal télévisé, accompagnée d’un discours de l’ancien président français Charles de Gaulle. Les conséquences de ces explosions en termes de radiations se font toujours sentir sur l’être humain, l’environnement, la flore et la faune. Selon des études académiques algériennes, elles ont fait 42 000 victimes, atteintes par les radiations de cancers, de malformations congénitales, de maladies oculaires, de paralysie et d’autres affections.

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