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Sahara : Bourita annonce un changement de cap après le veto russe et précise la position du Maroc

Le Maroc entend tirer parti du veto russe opposé au projet de résolution américain sur le Sahara pour revoir les mécanismes de gestion du dossier au sein des Nations unies. C’est ce qu’a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d’un entretien accordé à la deuxième chaîne nationale (2M), samedi 31 octobre au cours duquel il a également précisé la position du Royaume sur l’avenir de la MINURSO, le maintien du cessez-le-feu et les prochaines étapes du processus politique.

Le chef de la diplomatie marocaine a d’abord révélé que Rabat avait été informé à l’avance de la possibilité d’un veto russe contre le projet de résolution américain, soumis au Conseil de sécurité le vendredi 30 octobre. Selon lui, le Maroc n’a pas cherché à convaincre Moscou de renoncer à cette position, y compris lors de ses échanges avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Face à cette perspective, le Royaume avait, selon Bourita, deux possibilités : tenter d’éviter le veto en négociant des modifications du texte américain, au risque d’en atténuer la portée, ou considérer cette opposition comme une occasion de remettre à plat les règles ayant encadré le traitement du dossier pendant plusieurs décennies. Rabat a privilégié la seconde option, dans le prolongement des orientations royales appelant à passer « de la gestion au changement ».

Le ministre a ainsi refusé de considérer l’échec de l’adoption du projet américain comme un retour à la case départ. Il a estimé que les évolutions enregistrées ces dernières années et la dynamique internationale autour de la position marocaine constituent des acquis qui ne sauraient être effacés par le veto russe.

S’agissant de l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), Nasser Bourita a défendu l’idée que son éventuel départ ne signifierait pas la fin de l’accord de cessez-le-feu conclu en 1991.

Le ministre a rappelé que cet accord, entré en vigueur le 6 septembre 1991, constitue un engagement distinct de la présence des observateurs onusiens. La mission de ces derniers consiste essentiellement à surveiller le respect du cessez-le-feu, et non à en garantir l’existence ou à en constituer le fondement juridique et politique.

Bourita a également précisé que la MINURSO compte actuellement 157 personnes, dont 43 sont déployées à l’est du dispositif de sécurité, tandis que les autres se trouvent à l’ouest, notamment à Laâyoune et dans les autres provinces du Sud. Il a par ailleurs accusé le Front Polisario de ne plus respecter le cessez-le-feu depuis 2020, évoquant des mouvements et des opérations militaires dont il a minimisé la portée.

Le chef de la diplomatie a insisté sur le fait que l’attachement du Maroc au cessez-le-feu relève de ses engagements politiques, juridiques et diplomatiques, indépendamment de la présence d’observateurs internationaux.

Sur le volet politique, Nasser Bourita a réaffirmé que l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté du Royaume constitue la référence fondamentale de tout futur processus de négociation. Il a exclu un retour aux paramètres qui ont encadré le dossier depuis 1991, estimant que les transformations intervenues depuis imposent de redéfinir les bases du processus.

Le ministre a notamment identifié trois principes devant structurer la prochaine étape : faire de l’initiative d’autonomie la base unique des négociations, parvenir à une autonomie effective sous souveraineté marocaine et clarifier la participation des quatre parties concernées, à savoir le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie.

Il a également estimé que la résolution 2797 du Conseil de sécurité représente un tournant dans le traitement du dossier, en consacrant une nouvelle orientation pour le processus politique. Pour Rabat, la reprise des discussions ne peut donc se limiter à reconduire les anciennes formules, mais doit s’appuyer sur des objectifs, des interlocuteurs et des modalités clairement définis.

Dans cette perspective, Nasser Bourita a annoncé que le Maroc entendait également œuvrer pour retirer la question du Sahara de l’ordre du jour de la quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation.

Le ministre a estimé que cette démarche serait plus accessible que l’adoption d’une résolution au Conseil de sécurité, en raison des différences entre les mécanismes de décision des deux instances. Contrairement au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent du droit de veto, la quatrième commission ne connaît pas ce mécanisme.

Bourita a justifié cette orientation par ce qu’il considère comme le soutien de la majorité des pays du monde à la position marocaine sur son intégrité territoriale. Il a ainsi défendu une approche visant à revoir les cadres institutionnels dans lesquels le dossier est examiné, au lieu de maintenir indéfiniment les mécanismes actuels.

À travers ces déclarations, le chef de la diplomatie marocaine dessine les contours d’une nouvelle phase dans la gestion du dossier du Sahara, fondée sur la révision des mécanismes onusiens, la consolidation de l’initiative d’autonomie comme référence des négociations et la distinction entre les engagements liés au cessez-le-feu et le rôle de la MINURSO.

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