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Programme gouvernemental 2026-2031 : L’ambition sociale face au mur de la réalité budgétaire

Des objectifs en pagaille, une addition sociale qui s’envole, mais bien peu d’indications sur la manière dont la facture sera réglée. Présenté le 19 octobre dernier devant le Parlement, le programme gouvernemental pour le mandat 2026-2031 suscite déjà un scepticisme appuyé chez les analystes économiques. Dans un rapport au vitriole, le Centre africain d’études stratégiques et de la digitalisation passe au crible les engagements de l’exécutif et pointe du doigt un fossé béant entre l’envolée des promesses et la réalité des ressources disponibles.
L’illusion des chiffres : Des dizaines d’objectifs sans boussole financière
À la lecture de la feuille de route gouvernementale, l’inflation des promesses saute aux yeux : le document intégral égrenne pas moins de 74 objectifs chiffrés, bien loin des 25 annoncés à la tribune par le Chef du gouvernement. Mais plus que cette profusion, c’est l’absence d’outils de suivi qui inquiète. Seule une poignée de mesures s’appuie sur une situation de référence claire, et plus de la moitié des cibles affichées reste dépourvue d’échéancier d’exécution précis. Surtout, la feuille de route fait l’impasse sur deux éléments cardinaux : le coût global du programme et son calendrier de financement sur cinq ans.
Ce flou prend une tournure d’autant plus critique que le volet social s’annonce particulièrement dispendieux. L’exécutif promet en effet d’élever le plancher de l’Aide sociale directe à 1 000 dirhams par mois. Une mesure phare dont le surcoût pourrait atteindre jusqu’à 23,4 milliards de dirhams par an. À cela s’ajoutent la revalorisation du minimum de pension de retraite à 3 000 dirhams et un allègement fiscal de l’IR (exonération des revenus jusqu’à 60 000 DH net par an et abaissement du taux marginal à 30 %). Problème : le gouvernement a repoussé l’évaluation de ces manques à gagner fiscaux, tirant un trait discret sur l’enveloppe de 350 milliards de dirhams initialement mise en avant dans le programme électoral du PAM.
Emploi, croissance et énergie : Le choc des prévisions
Les interrogations touchent également le volet économique. L’ambition d’imprimer la création d’« un million d’emplois » pour ramener le chômage à 7 % reste très vague, en dehors des 250 000 postes promis dans l’industrie et d’un recours massif aux chantiers d’infrastructure liés à la Coupe du Monde 2030. Dans le même temps, les chantiers de souveraineté hydrique et énergétique (dessalement, datacenters) s’accumulent sans arbitrage explicite sur la répartition de l’eau, de l’électricité et des compétences.
Enfin, sur le front macroéconomique, l’exécutif mise sur une croissance moyenne de 5 % par an tout en maintenant le déficit sous les 3 %. Une trajectoire très optimiste qui se heurte frontalement aux prévisions de Bank Al-Maghrib, qui ne table que sur 2,9 % de croissance en 2027. Pour tenir son pari, le gouvernement devra réussir une accélération à 5,5 % par an sur la fin du mandat, sans que l’on sache encore par quel miracle économique.
Les lois de finances 2027 et 2028 feront ainsi office de crash-test pour l’équipe gouvernementale : il lui faudra trancher dans ses priorités et trouver des financements pérennes sous peine de voir ses promesses sociales sacrifiées sur l’autel de la rigueur budgétaire.

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