Face à l’extension de la peine de mort dans son Code pénal, l’Algérie se retrouve sous le feu croisé des critiques internationales. Un collectif de quinze organisations de défense des droits humains dénonce un recul alarmant pour le droit à la vie et pointe du doigt une dérive sécuritaire. Leur constat est sans appel : au lieu d’ouvrir un débat sincère sur la gestion des crises et les responsabilités de l’État lors des feux de forêt dévastateurs, le pouvoir fait le choix de la manière forte. Une stratégie du pire qui fait craindre une nouvelle vague de répression contre la liberté d’expression, la presse et la société civile.
Cette levée de boucliers fait suite à un appel international lancé par le Réseau maghrébin contre la peine de mort. Ayant recueilli plus de 770 signatures — dont 35 ONG —, cette initiative entend stopper l’effritement du moratoire de fait sur les exécutions, respecté par Alger depuis 1993. En cause : la promulgation au Journal officiel, le 13 octobre dernier, de réformes adoptées au pas de charge par le Parlement après les incendies de l’été 2026 qui ont ravagé treize wilayas, notamment Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou.
Rétablir l’échafaud pour éteindre la colère populaire
L’épisode révèle une méthode bien éprouvée : face au drame et à l’indignation populaire, le pouvoir choisit d’alourdir les peines pour donner l’illusion de la fermeté. Plutôt que de questionner l’efficacité des secours, les moyens d’extinction ou la prévention des risques, les autorités préfèrent le populisme pénal.
Désormais, la peine de mort peut être prononcée pour des feux de forêt ou de cultures — même sans pertes humaines —, pour la destruction de biens, ou encore pour des enlèvements d’enfants assortis de maltraitances. Pire encore : la réforme supprime les circonstances atténuantes pour ces infractions, rendant le châtiment suprême quasi-automatique, tout en étendant le champ du crime à la « provocation » et à « l’encouragement » sur les réseaux sociaux.
Le flou des textes, l’arme de l’intimidation
C’est précisément cette extension au monde numérique qui alerte les défenseurs des droits humains. En s’appuyant sur des formulations vagues, la loi offre aux juges une marge d’interprétation démesurée. Pour Diana Eltahawy, directrice adjointe d’Amnesty International pour la région MENA, cette réforme précipitée est un « coup dur asséné aux droits humains » et enfreint les engagements internationaux de l’Algérie, notamment l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
De son côté, l’ONG Shoaa for Human Rights, basée à Londres, tire la sonnette d’alarme sur des notions élastiques comme « l’atteinte à l’unité nationale » ou au « fonctionnement normal des institutions ». Associées aux textes antiterroristes existants, ces formules ambiguës risquent de transformer la simple dénonciation citoyenne ou le travail d’investigation d’un journaliste en acte criminel.
Dérober l’État à ses responsabilités
Au-delà de l’arsenal juridique, c’est la question de la redevabilité qui est balayée. Brandir la peine capitale ne permettra ni de comprendre la vitesse de propagation des incendies, ni d’évaluer la réactivité des secours.
Pour les ONG signataires, punir l’individu ne saurait dédouaner l’État de ses devoirs. Elles réclament l’abrogation immédiate de ces articles, la confirmation de l’abolition de la peine de mort et, surtout, l’ouverture d’une enquête indépendante sur la gestion des incendies. L’exécutif algérien fait face à un choix fondamental : assumer la transparence sur ses propres failles ou s’enfermer dans une logique de peur où la sanction extrême tient lieu de politique publique.
Algérie : L’extension de la peine de mort suscite un tollé international





