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Sebta et Melilla : Mayssa Salama Ennaji adresse une lettre cinglante au Roi de l’Espagne

La militante politique et écrivaine marocaine Mayssa Salama Ennaji a adressé ce  jeudi 15 octobre, une lettre ouverte particulièrement virulente au roi d’Espagne dans laquelle elle remet au premier plan la question de Sebta et Melilla et dénonce ce qu’elle considère comme la persistance d’une « logique coloniale » espagnole dans les deux villes.

Publiée sur sa page Facebook la lettre s’ouvre sur une interpellation directe au souverain espagnol : « Entrez à Sebta et Melilla sous la protection de votre armée, séjournez y au milieu des chants de votre peuple, fabriquez de vos propres mains les clés des deux villes et remettez les vous à vous-même : historiquement et géographiquement, vous êtes sur une terre marocaine », écrit-elle.

Mayssa Salama Ennaji estime que les cérémonies protocolaires, les visites de terrain, les drapeaux espagnols et la couverture médiatique entourant la présence du souverain dans les deux villes ne sauraient, selon elle modifier leur appartenance géographique au continent africain.

Elle revient, dans ce contexte sur l’histoire de la présence espagnole en Afrique du Nord, qu’elle rattache à l’expansion ibérique entamée à partir du XVe siècle. La militante évoque également les rapports de force ayant marqué les relations entre le Maroc et l’Espagne au XIXe siècle, notamment la guerre hispano-marocaine et le traité de 1860 qui l’a suivie, pour soutenir que la situation actuelle de Sebta et Melilla constitue, à ses yeux, la survivance d’un héritage colonial.

Mayssa reproche ainsi à Madrid de refuser d’ouvrir une négociation sur le statut des deux villes avec le Maroc, tout en mettant en avant, sur d’autres dossiers internationaux, son attachement au droit des peuples et son opposition à la colonisation.

Le texte se montre également particulièrement sévère envers la gestion espagnole des événements migratoires que Mayssa Salama Ennaji situe au 30 juillet 2026. Elle évoque une tentative massive de passage vers les deux villes et avance le chiffre de 60.000 jeunes Marocains, ainsi que près d’une centaine de morts.

Elle accuse notamment les autorités espagnoles de ne pas avoir remis les dépouilles aux autorités marocaines afin de permettre leur identification et leur inhumation conformément aux rites et en présence de leurs familles. Elle leur reproche également d’avoir procédé à l’enterrement de victimes non identifiées dans des tombes numérotées. Ces chiffres et accusations sont ceux avancés par la militante dans sa publication.

Mayssa Salama Ennaji s’en prend directement au roi d’Espagne et au chef du gouvernement, Pedro Sánchez, estimant que la gestion de cette crise constitue une atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches. Elle qualifie par ailleurs de « provocatrice » la visite du souverain espagnol aux sépultures évoquées dans son texte.

Plus largement, la militante dénonce les conditions dans lesquelles se trouveraient des jeunes Marocains après leur arrivée sur le territoire sous contrôle espagnol, faisant état d’arrestations de privations et de démantèlements de campements. Elle évoque également des accusations de violences sexuelles visant de jeunes migrantes. Là encore, ces affirmations sont formulées par l’auteure de la lettre ouverte.

Mayssa Salama Ennaji élargit ensuite son propos au différend autour du Sahara marocain. Elle reproche à l’Espagne son rôle historique dans la genèse du conflit, estimant que le retrait espagnol du Sahara n’a pas mis fin aux conséquences de sa politique coloniale dans la région.

Elle considère le silence des institutions marocaines sur les événements qu’elle dénonce s’expliquerait notamment par la priorité diplomatique accordée par Rabat au dossier du Sahara et aux efforts menés au niveau des Nations unies.

« Si le système marocain, sa diplomatie et même ses médias ont gardé le silence, nous, en tant que peuple et commentateurs politiques indépendants, ne sommes restés silencieux ces derniers jours que sous le choc et la douleur », écrit-elle, affirmant vouloir laisser sa lettre « à l’Histoire ».

La militante conclut son texte sur un ton particulièrement offensif en réaffirmant sa conviction que Sebta et Melilla appartiennent historiquement et géographiquement au Maroc.

« Traversez la Méditerranée, entrez à Sebta et Melilla sous la protection de votre armée (…) et proclamez-les capitale de l’Espagne si vous le souhaitez », lance-t-elle au souverain espagnol, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, historiquement et géographiquement, vous êtes sur la terre du peuple marocain. »

Pour Mayssa Salama Ennaji, ni les cérémonies officielles ni les titres de la presse espagnole ne peuvent effacer ce qu’elle considère comme la réalité historique et géographique des deux villes. Elle achève ainsi sa lettre par une formule sans équivoque : « Un jour, le droit devra revenir à ses propriétaires. »

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