à la unePolitique

Entre urgence du calendrier et épreuve de force : la course contre la montre d’El Mansouri

Tous les regards se tournent en ce début de semaine vers la Cheffe du gouvernement désignée, Fatima Ezzahra El Mansouri. Une question brûle toutes les lèvres dans les chancelleries et les états-majors politiques : quand le nouvel exécutif verra-t-il le jour ? Réussira-t-elle le tour de force d’annoncer sa monture avant le cap symbolique des 19 jours établis par Saâdeddine El Othmani ?

En politique, le temps n’est jamais un simple paramètre comptable ; il véhicule des messages hautement stratégiques. Depuis le 29 septembre, date de sa désignation par le Souverain, le compte à rebours est lancé. Autour de la table des négociations, chaque formation politique scrute avec insistance son futur périmètre de pouvoir et cherche à maximiser son assise au sein de la future majorité.

Si les six premiers jours écoulés ne permettent pas d’évoquer le moindre blocage, la tentation des comparaisons historiques s’impose d’elle-même. Là où Abdelilah Benkiran avait bataillé durant 35 jours pour sceller son alliance, Saâdeddine El Othmani avait bouclé l’exercice en 19 jours, tandis qu’Aziz Akhannouch avait requis 27 jours.
Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, le chiffre repère est limpide : 19 jours. Présenter son équipe avant ce seuil marquerait la formation gouvernementale la plus rapide de l’histoire récente. À l’inverse, dépasser cette échéance ne scellerait en rien un échec, mais traduirait la complexité d’arbitrages plus exigeants.

Car le véritable enjeu réside moins dans le cadran solaire que dans la volonté farouche des partis désireux d’intégrer l’exécutif. La véritable bataille se joue au cœur des états-majors : forts de leurs scores électoraux, les chefs de file entendent traduire le verdict des urnes en maroquins stratégiques. Entre l’arithmétique pure des sièges et la subtilité des équilibres politiques, la mission de la dirigeante du PAM est d’une grande délicatesse : il s’agit de bâtir une majorité durable, et non un simple assemblage de circonstance.

Dès lors, l’attribution des portefeuilles s’inscrit dans un dessein plus vaste. Il ne s’agit pas seulement de distribuer des ministères, mais d’acter l’identité même de l’exécutif. S’orientera-t-on vers un gouvernement politique de combat ou vers une large coalition de compromis ? Faut-il ratisser large pour s’assurer un confort parlementaire absolu ou privilégier un noyau dur plus resserré ? Choisira-t-on les hommes et les femmes sur la base de leur poids électoral, de leur expertise, ou pour répondre à de subtils équilibres régionaux et politiques ?

Ces interrogations, bien plus que l’agenda, dicteront le rythme des tractations.
Pour offrir au pays un gouvernement stable, Fatima Ezzahra El Mansouri ne peut céder au piège de la précipitation. Une équipe formée à la hâte, qui se déchirerait au premier arbitrage budgétaire ou réformateur, coûterait bien plus cher à la nation que quelques jours supplémentaires consacrés à mûrir un contrat de gouvernement solide.
Pour autant, l’enlisement comporte aussi ses périls politiques. Les spéculations s’enflamment, les rumeurs alimentent la chronique et la composition du cabinet devient un objet de surenchère médiatique. Quand le retard devient le sujet central, l’image même de l’exécutif risque d’être entamée avant même sa naissance.
Les prochains jours s’annoncent donc décisifs. Au-delà du sixième jour, la marge de manœuvre demeure confortable, mais elle n’est pas illimitée. Franchir le seuil du dix-neuvième jour réveillera le spectre de l’ère El Othmani ; dépasser le vingt-septième jour renverra au précédent Akhannouch.

Cependant, courir après la montre serait une erreur stratégique. La réussite politique ne se mesurera pas au nombre de jours écoulés pour composer le cabinet, mais à sa capacité à former une équipe soudée, compétente et prête à empoigner les chantiers prioritaires du Royaume. La période actuelle exige des actes et des arbitrages courageux, portés par un gouvernement capable d’expliquer sa cap et d’en assumer pleinement la responsabilité.
Dès lors, la vraie question n’est pas de savoir combien de temps dureront les consultations, mais ce qu’il en sortira.
Si le gouvernement naît en moins de 19 jours, la performance politique sera saluée. S’il met plus de temps, l’essentiel sera de vérifier si ce délai a permis de sceller un pacte fondateur authentique plutôt qu’un simple arrangement d’appareils.

L’horloge tourne, les négociations s’intensifient et la Chef du gouvernement désignée doit tenir une ligne de crête : ne rien précipiter pour ne pas livrer un cabinet inabouti, sans pour autant laisser la négociation se transformer en foire d’empoigne.
Cette équation temporelle est d’autant plus pressante que le calendrier constitutionnel rattrape le jeu politique. Avec l’ouverture imminente de la session d’automne du Parlement — fixée par l’article 65 de la Constitution au deuxième vendredi d’octobre sous la présidence du Souverain —, le débat s’apprête à quitter les salons pour investir la scène institutionnelle.

Si la Loi fondamentale n’exige pas que le gouvernement soit au complet pour le discours d’ouverture du Parlement, cette échéance constitue le premier test de cohésion pour la majorité en devenir. Une fois l’équipe nommée, Fatima Ezzahra El Mansouri devra, conformément à l’article 88 de la Constitution, soumettre son programme à la confiance de la Chambre des représentants pour obtenir l’investiture officielle. La course de fond ne fait que commencer.

Related Posts

Leave A Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *