En confiant pour la première fois de l’histoire du Royaume la présidence du gouvernement à une femme, le Maroc ouvre une nouvelle page de son parcours politique et institutionnel. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en application de l’article 47 de la Constitution, vient trancher définitivement le débat sociétal sur le leadership féminin au plus haut sommet de l’État. Pour les observateurs, l’attention se déplace désormais vers la capacité de la Cheffe du Gouvernement désignée à conduire la coalition et à répondre aux grands chantiers socio-économiques du pays.
Un tabou brisé et une leçon politique
Selon l’analyste politique Driss Kssouri, cette désignation relève des prérogatives constitutionnelles exclusives du Souverain pour choisir la personnalité la plus à même de piloter cette étape nationale cruciale. En brisant ce plafond de verre, le Maroc offre une leçon politique à son environnement régional, balayant les réticences qui associaient le leadership féminin à des réserves identitaires ou religieuses.
Néanmoins, M. Kssouri souligne que le véritable défi réside désormais dans l’exercice du pouvoir exécutif. La conduite d’une coalition gouvernementale et la gestion des relations avec le Parlement, l’opposition et la société obéissent en effet à des exigences bien différentes de la simple direction d’un appareil partisan.
Quatre scénarios pour la future majorité
Pour bâtir sa majorité, Fatima Ezzahra El Mansouri dispose d’une marge de manœuvre confortable. L’analyste Driss Kssouri identifie quatre schémas principaux :
Le maintien de la coalition tripartie actuelle (PAM, RNI, Istiqlal). Bien que logique, ce choix se heurte au risque d’une impression de « déjà-vu » auprès de l’opinion publique et à la difficulté de gérer un exécutif où deux poids lourds politiques se font face dans une logique de rivalité.
L’alliance PAM-Istiqlal élargie à l’USFP, au Mouvement Populaire (MP) et à l’Union Constitutionnelle (UC). Ce scénario offrirait à la Cheffe du Gouvernement une gestion plus sereine, affranchie de la pression du RNI, tout en concrétisant l’idée d’un « gouvernement national » intégrant les forces de la gauche et du mouvement national.
L’alliance PAM-RNI associée à l’USFP ou au MP, sans l’Istiqlal. Une option jugée peu probable par l’analyste, au vu du poids électoral de l’Istiqlal, notamment dans les provinces du Sud, et de la nécessité de préserver la cohésion nationale sur le dossier du Sahara.
L’éviction du RNI au profit d’autres formations. Ce choix permettrait à Mme El Mansouri d’éviter les frictions internes, sachant qu’elle s’appuiera sur les cadres de son parti pour constituer une équipe capable de relever les défis du quinquennat.
L’application de l’article 47 et la piste du « bloc moderniste »
De son côté, l’analyste politique Rachid Lazraq estime que cette nomination marque une nouvelle étape dans l’application de l’article 47 de la Constitution, qui lie la présidence du gouvernement au parti arrivé en tête des élections législatives. Pour M. Lazraq, la valeur de cette décision ne se limite pas à sa portée symbolique, mais s’évaluera à sa capacité à instaurer une pratique gouvernementale équilibrée et responsable.
Sur le plan des alliances, Rachid Lazraq évoque la possibilité de voir émerger un « bloc moderniste » réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. D’un point de vue constitutionnel et parlementaire, cette formule présente l’avantage d’une vraie convergence idéologique sur les réformes sociétales, la modernisation de l’État et le progrès social.
Toutefois, l’analyste met en garde contre les risques de dispersion propres aux coalitions multipartites, qui peuvent compliquer l’arbitrage des priorités. Il conclut que la réussite de cette étape reposera sur la capacité à sceller un « contrat gouvernemental » clair, cohérent et pleinement soumis au contrôle parlementaire tout au long de la législature.






