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Le Monde : près de 700 médecins quittent le Maroc chaque année, un déficit estimé à 28k praticiens

Le quotidien français Le Monde affirme que le Maroc perd chaque année près de 700 médecins, soit environ un tiers des diplômés des facultés de médecine, en raison de la poursuite de l’émigration des compétences médicales vers l’étranger. Dans le même temps, le ministère de la Santé estime le déficit national à près de 28 000 médecins, accentuant les difficultés auxquelles est confronté le système de santé marocain.

Dans un reportage consacré à l’émigration des médecins marocains, le journal explique que ce chiffre est resté relativement stable au fil des années, tout en soulignant qu’il pourrait être sous-estimé. La chercheuse Jamila Chikrouni, spécialiste des dynamiques migratoires, estime en effet que certains étudiants poursuivent leur spécialisation à l’étranger sans revenir au Maroc, tandis que d’autres préparent leur départ avant même d’intégrer les facultés de médecine nationales.

Selon Le Monde, il ne s’agit plus d’un phénomène ponctuel ou individuel, mais d’une tendance de fond alimentée à la fois par les difficultés structurelles du système de santé marocain et par la forte demande de médecins dans plusieurs pays offrant de meilleures conditions de travail et des perspectives de carrière plus attractives.

La France demeure la première destination des médecins marocains, devant le Canada, la Belgique, l’Allemagne et les pays du Golfe. Le quotidien souligne que ce choix ne s’explique pas uniquement par le niveau des rémunérations, mais également par les politiques de recrutement mises en place, les besoins importants en personnel médical et les opportunités d’évolution professionnelle et personnelle.

Le reportage s’appuie notamment sur le témoignage d’une étudiante en septième année à la Faculté de médecine et de pharmacie d’Oujda, qui affirme vouloir poursuivre sa spécialisation en Belgique après l’obtention de son diplôme. Selon elle, le désir d’émigrer est désormais partagé par une grande majorité des étudiants, alors qu’il ne concernait qu’une minorité au début de leur cursus.

L’étudiante explique que sa décision s’est imposée au fil de ses stages hospitaliers, où elle a été confrontée à un manque criant de moyens médicaux. Elle évoque notamment le décès d’un patient victime d’un arrêt cardiaque faute d’avoir pu trouver une injection d’adrénaline indispensable à sa réanimation, alors même que les faits se sont déroulés dans un centre hospitalier universitaire.

Elle raconte également avoir découvert, lors d’un stage en Belgique dans le cadre du programme Erasmus, un contraste saisissant dans les conditions de travail. Le simple fait d’évoquer l’éventualité d’une rupture de stock d’adrénaline aurait suscité l’étonnement de ses encadrants, un tel scénario étant, selon eux, tout simplement inimaginable.

Le quotidien rapporte également le témoignage d’une médecin marocaine revenue au Maroc après deux années de spécialisation aux États-Unis, à la suite de difficultés liées au renouvellement de son visa. Affectée ensuite dans des zones rurales, elle décrit une pratique médicale fondée sur un « système de débrouille » en raison du manque d’équipements essentiels à la prise en charge des patients.

Selon cette praticienne, les difficultés ne concernent pas uniquement les équipements médicaux. Elles touchent également le manque de confiance accordé aux médecins dans certaines administrations locales. Elle estime que leur présence sert parfois davantage à afficher l’existence d’un service de santé qu’à leur donner les moyens d’exercer pleinement leur mission.

Bien qu’elle soit rentrée au Maroc, cette médecin continue de déposer des candidatures à l’étranger. Son objectif, précise-t-elle, n’est pas d’obtenir un meilleur salaire ou une nouvelle spécialisation, mais simplement de pouvoir exercer son métier dans des conditions professionnelles satisfaisantes.

Le Monde souligne que la poursuite de cette émigration aggrave la crise des ressources humaines dans le secteur de la santé. Un rapport du ministère de la Santé publié en juin dernier estime les besoins globaux en professionnels de santé pour la période 2025-2026 à environ 83 000 postes, dont près de 28 000 médecins.

Le journal rappelle que chaque départ de médecin accentue la pression sur les praticiens restés au pays, allonge les délais de prise en charge des patients et fragilise particulièrement les zones rurales ainsi que les spécialités médicales les plus recherchées à l’étranger.

Il souligne également que la formation d’un médecin représente un investissement financier considérable pour l’État. Dès lors, son départ constitue non seulement une perte de ressources humaines, mais aussi une perte économique dont bénéficient directement les systèmes de santé étrangers.

Le quotidien conclut que le véritable défi n’est pas d’empêcher les médecins de quitter le Maroc, mais de créer des conditions de travail et des perspectives de carrière suffisamment attractives pour les inciter à rester ou à revenir. Selon Le Monde, la capacité d’un pays à retenir ses médecins est un indicateur de sa réussite à offrir des perspectives professionnelles valorisantes et à reconnaître les compétences de ses praticiens.

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