À l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre prochain, les regards se tournent vers la circonscription de Rabat-Océan. Celle-ci s’annonce comme l’un des principaux points chauds de la compétition politique au niveau national, compte tenu du calibre des personnalités qui s’apprêtent à y mener bataille, ainsi que de leur poids partisan et gouvernemental. Un enjeu de taille qui place ses futurs résultats au centre de l’intérêt de tous les acteurs politiques.
Trois figures de proue s’orientent vers une bataille électorale qualifiée d’indécise, où chaque camp mise sur des atouts bien distincts pour convaincre les électeurs.
Dans les rangs du Parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM), le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, s’apprête à passer un nouveau test électoral. Il s’appuie pour cela sur son ancrage politique dans la capitale et sur ce que ses partisans considèrent comme un bilan gouvernemental et de développement positif, notamment dans le quartier de Yaacoub El Mansour, l’un des plus importants réservoirs de voix de la circonscription.
En face, l’ex-ministre Mustapha El Khalfi se lance dans la compétition sous la bannière du Parti de la Justice et du Développement (PJD). Cette démarche s’inscrit dans la volonté du parti de reconquérir une partie de son assise politique après le net recul enregistré lors des précédents scrutins. Le pari d’El Khalfi repose sur la capacité de sa formation à regagner la confiance d’une frange d’électeurs qui constituait sa base traditionnelle, ainsi que sur l’impact du climat politique général sur le choix des votants.
De son côté, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) mise sur l’ancien ministre Abdelkrim Benatiq pour mener ce face-à-face. Ce dernier bénéficie d’une longue expérience politique et d’un solide réseau de relations sociales et familiales à Rabat — des éléments sur lesquels le parti compte pour renforcer sa présence dans une circonscription qui a toujours échappé aux calculs électoraux classiques.
L’importance de la circonscription de l’Océan ne découle pas uniquement du nombre de sièges qui lui sont alloués, mais également de son histoire politique, qui lui vaut la réputation de « cimetière électoral » pour plusieurs figures de poids. Les élections de 2021 y avaient notamment vu la chute de personnalités de premier plan sur l’échiquier partisan marocain, à l’instar de l’ancien Chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, et du secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), Nabil Benabdallah. Cela a conféré à cette zone une réputation de circonscription particulièrement difficile et imprévisible.
Cette confrontation attendue reflète le choc de trois trajectoires politiques bien distinctes. M. Bensaid incarne une génération gouvernementale montante qui cherche à convertir des réalisations de terrain en suffrages. M. El Khalfi, lui, personnifie l’expérience du PJD durant ses années de gestion des affaires publiques, tandis que M. Benatiq s’appuie sur un parcours politique et syndical de plusieurs décennies d’engagement partisan et institutionnel.
Dans l’attente de la finalisation de l’ensemble des candidatures — la plupart ayant été annoncées à l’exception de la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD), du Parti Socialiste Unifié (PSU), du PPS et de l’Union Constitutionnelle (UC) —, les contours de la bataille à Rabat-Océan se dessinent déjà clairement. On constate notamment que certains partis ont préféré ne pas aligner leurs dirigeants de premier rang dans ce pari électoral risqué, optant plutôt pour des profils plus organisationnels ou militants.
À ce stade, la compétition s’articule donc autour de personnalités qui savent pertinemment que la victoire dans cette circonscription ne se jouera pas uniquement sur des logiques partisanes, mais dépendra de la spécificité du corps électoral et des fluctuations de l’humeur des votants au sein de l’une des zones politiques les plus disputées de la capitale.






