Le climat de tension s’accentue au sein du corps des avocats au Maroc, alors que les rumeurs de démissions de plusieurs bâtonniers se multiplient. Cette situation s’inscrit dans un contexte de forte grogne qui accompagne l’examen du projet de loi régissant la profession d’avocat. Ce blocage remet au premier plan de profondes interrogations sur l’avenir des relations entre les instances professionnelles et les autorités législatives, ainsi que sur la capacité du dialogue institutionnel à apaiser cette crise grandissante.
Dernier rebondissement en date : le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Rabat a inscrit sa démission à l’ordre du jour de l’assemblée générale ordinaire de l’Ordre, prévue le vendredi 26 juin 2026. Cette démarche intervient après des semaines de contestation croissante face à certaines dispositions du nouveau projet de loi, perçues par de nombreux professionnels comme une atteinte à l’indépendance de la profession et à ses mécanismes d’autogestion.
Cet événement survient alors que les barreaux du Royaume affichent une mobilisation sans précédent. Lors de ses récentes réunions à Rabat, la Conférence des bâtonniers a exprimé son rejet des amendements introduits dans le projet de loi au cours de son processus législatif, estimant qu’ils constituent un recul par rapport aux acquis accumulés par la profession depuis plusieurs décennies.
Dans ce contexte, Aziz Rouibah, bâtonnier de l’Ordre des avocats, a souligné dans une déclaration précédente que le secteur traverse une phase délicate et cruciale. Il a expliqué que les instances professionnelles se sont engagées dans une démarche de contestation et de plaidoyer afin de corriger ce qu’il a qualifié de dysfonctionnements majeurs touchant une partie importante du projet de loi. Il a également précisé que la rapidité de la procédure législative impose aux composantes de la profession d’unifier leurs positions et d’intensifier leurs efforts pour défendre les questions fondamentales liées à l’avenir du métier d’avocat.
M. Rouibah a par ailleurs indiqué que l’option d’une démission collective des bâtonniers reste sur la table si les revendications de la profession ne sont pas satisfaites. Il a affirmé qu’il ne s’agit pas de questions de postes ou de considérations personnelles, mais d’une position de protestation visant à défendre l’indépendance de la profession et les garanties de sa gestion démocratique. Il a ajouté que les bâtonniers sont prêts à assumer pleinement leurs responsabilités durant cette phase, et que les décisions prises reflètent un engagement moral à défendre les intérêts des avocats et de leurs institutions.
Lors d’une réunion élargie ayant rassemblé plusieurs bâtonniers et anciens présidents de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM), les intervenants ont insisté sur la nécessité de préserver les acquis historiques de la profession, celle-ci étant l’un des piliers fondamentaux du système de justice. Ils ont également souligné que les réserves émises ne sont pas liées à des revendications corporatistes ou à des privilèges professionnels, mais concernent la protection des garanties liées aux droits des justiciables et la préservation du rôle de l’avocat dans la défense des droits et des libertés.
Les participants ont unanimement convenu de donner plein mandat au bureau de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) pour prendre les mesures et initiatives qu’il jugera appropriées au cours de la période à venir. Ce mandat s’accompagne de la poursuite du plaidoyer concernant le projet de loi au sein de la Chambre des conseillers, ainsi que d’un appel à une large mobilisation professionnelle pour faire face aux défis qui guettent la profession.
Selon les observateurs, la succession de démissions — effectives ou brandies comme menace — reflète l’ampleur de la crise qui couve au sein de la corporation. Cela montre que le barreau marocain traverse l’une de ses étapes les plus délicates de ces dernières années, dans l’attente des prochaines étapes du débat législatif, qui détermineront si un nouveau compromis sera trouvé pour apaiser les tensions entre les différentes parties concernées.






