L’hiver 2025-2026 restera dans les annales comme celui du salut pour le stress hydrique au Maroc. Selon le dernier bulletin de situation publié par le ministère de l’Équipement et de l’Eau ce lundi 13 avril 2026, les barrages du Royaume affichent une santé de fer avec un taux de remplissage global de 75,3%. Ce chiffre traduit une métamorphose radicale : en seulement douze mois, le volume des réserves a bondi de près de 100% pour atteindre aujourd’hui 12,9 milliards de mètres cubes.
La géographie de l’eau dessine aujourd’hui un pays aux deux visages, où le Nord et le Centre s’illustrent par des niveaux de saturation impressionnants. Le bassin du Tensift caracole en tête avec un remplissage quasi total de 95,9%. Non loin derrière, le Bouregreg, poumon vital pour les populations de Rabat et Casablanca, assure une sérénité pour les mois à venir avec un taux de 92,7%. Le bassin du Loukkos (92,4%) et celui du Sebou (87%) confirment cette tendance. À eux deux, ils abritent la majorité des ouvrages ayant atteint leur capacité maximale, à l’image du barrage Al Wahda qui, avec près de 3 milliards de m³ en réserve, sécurise une part majeure de l’irrigation et de l’eau potable du pays.
Si l’euphorie gagne le septentrion, la prudence reste de mise à mesure que l’on descend vers le sud. Le bassin de l’Oum Errabia, bien qu’en progression à 62,4%, cache une réalité hétérogène : si certains barrages débordent, le colosse Al Massira demeure convalescent avec seulement 37% de sa capacité. Plus bas, les signaux sont moins vigoureux. Le Souss-Massa (56,3%) et le bassin Guir-Ziz-Gheris (54,4%) profitent de l’embellie, mais restent loin des sommets du Nord. Le point noir du tableau demeure le bassin Draa-Oued Noun, qui ferme la marche avec un modeste 40,7%.
Ce bilan printanier, s’il est exceptionnel, rappelle que la résilience hydrique du Maroc reste intimement liée à la générosité du ciel. Malgré des réserves qui ont doublé, la disparité régionale entre un Nord saturé et un Sud encore fragile souligne l’importance des chantiers d’interconnexion entre bassins pour une gestion équilibrée de l’or bleu national.






